Origine et histoire du Château de Ferrette
Le château de Ferrette, bâti sur un piton rocheux à 612 m d'altitude, domine la ville du même nom dans le Haut-Rhin. Fondé vers 1100 par Frédéric Ier de Ferrette, fils de Thierry Ier de Montbéliard, il s’élève probablement sur les fondations d’une tour romaine. Chef-lieu du comté de Ferrette, il est mentionné pour la première fois en 1144 comme résidence des comtes, bien que son existence remonte à 1040. Le comté, quasi souverain entre 1105 et la fin du XIIIe siècle, s’étend progressivement du Sundgau occidental vers Altkirch et Thann, devenant une puissance majeure en Haute-Alsace.
Frédéric Ier, héritier des terres alsaciennes en 1103, s’y installe vers 1125 et fonde la dynastie comtale. Son petit-fils, Frédéric II, agrandit le domaine mais entre en conflit avec l’évêque de Bâle, avant d’être assassiné en 1233. Son fils Ulrich II vend finalement le château et la ville à l’évêque en 1271, devenant son vassal. Un faux parchemin du XIXe siècle accusera à tort Ulrich II du parricide, supercherie dévoilée un siècle plus tard par l’historien Christian Wilsdorf.
À la mort d’Ulrich III en 1324, sa fille Jeanne épouse l’archiduc Albert de Habsbourg, intégrant Ferrette à l’Autriche. Le château, remodelé aux XVe et XVIe siècles pour s’adapter aux armes à feu, passe entre les mains de Charles le Téméraire en 1469, puis des seigneurs Reich de Reichenstein en 1504. Les banquiers Fugger (1540–1567) le transforment en garnison fortifiée, ajoutant remparts et fossés. Pendant la guerre de Trente Ans, il est pillé par les Suédois (1632), brûlé par les Français (1635), puis cédé à la France par les traités de Westphalie (1648).
Louis XIV offre Ferrette à Mazarin en 1659, dont les héritiers — incluant les princes de Monaco — conservent le titre de comte de Ferrette. Abandonné après 1789, le château est vendu à l’industriel Jean Zuber en 1838 et classé monument historique en 1842. Ses ruines, consolidées depuis 1930, témoignent de son passé comtal et militaire, entre pouvoir seigneurial, conflits européens et déclin progressif.
En 1600, le château se composait de trois ensembles : l’Oberschloss (château supérieur) avec 6 salles et 11 chambres, la Maison du bailli (4 salles, écuries, cachots), et la Maison des chevaliers, entourés de murs et bastions. Un puits de 60 m et une chapelle Sainte-Catherine complétaient l’édifice, symbole de la puissance des Ferrette avant leur déclin.