Origine et histoire du Château de Flixecourt
Le château de Flixecourt, aussi appelé château de la Navette, fut construit entre 1882 et 1886 sur initiative de Stéphanie Zambaux, veuve de Jean-Baptiste Saint, industriel du textile. Ce dernier, directeur des usines Saint-Frères, avait projeté ce château comme symbole de réussite sociale avant sa mort en 1880. L’architecte amiénois Paul Delefortrie conçut un édifice éclectique mêlant influences Louis XIII et médiévales, avec un décor extérieur soigné (mascarons, balcons, frontons) et un intérieur remarquable (escalier monumental, salons, salles à manger). Le parc paysager, attribué à Adolphe Alphand, et le jardin, restés intacts, complètent cet ensemble classé.
La construction mobilisa plus de 800 000 francs, avec un gros œuvre achevé en 1884 et une décoration intérieure finalisée en 1886, date gravée sur la grille d’entrée. Certains éléments intérieurs (verrières signées Joseph Vantillard) et extérieurs (écuries, château d’eau) furent protégés dès 1980, tandis que le parc et le jardin le furent en 2013. Le château illustre le paternalisme industriel de l’époque : Pierre Saint, fils des commanditaires, y vécut de 1900 à 1943 et agrandit le domaine à 1,7 ha, tout en préservant son caractère paysager.
Le site, en forte déclivité, domine la vallée de la Nièvre. Son portail monumental en fer forgé, orné des initiales S et Z (Saint-Zambaux) et de la date 1886, ouvre sur une perspective menant au logis. Ce dernier, en brique et pierre, combine toits à la française, tourelles médiévales et façades symétriques. L’escalier intérieur, avec sa rampe en pierre et son plafond peint, dessert des pièces aux décors raffinés (boiseries, plâtres moulurés). Le parc, clos par un mur à balustres, conserve son tracé d’origine, témoignant de l’art des jardins de la fin du XIXe siècle.
Le château de Flixecourt reste lié à l’histoire industrielle de la Somme. Les usines Saint-Frères, spécialisées dans le jute, firent de Flixecourt un pôle économique majeur. Jean-Baptiste Saint, puis son fils Pierre, incarnèrent ce capitalisme social, logeant ouvriers et cadres à proximité. Aujourd’hui propriété d’une branche collatérale de la famille, le château et son parc forment un ensemble cohérent, représentatif de l’éclectisme architectural et du paternalisme industriel de la Troisième République.