Origine et histoire du Château de Fournels
Le château de Fournels, situé dans le village éponyme en Lozère (Occitanie), fut reconstruit en 1573 par Jean bâtard d'Apcher, fils de François Martin, baron d'Apcher, et légitimé en 1571. Ce château-fort, doté de tours et de murs percés de meurtrières, occupait une position stratégique entre trois vallées. À l’origine, il appartenait à la puissante famille des barons d'Apcher, seigneurs médiévaux ayant participé aux Croisades et contrôlant une chaîne de châteaux forts dans la région, dont les ruines d’Arzenc-d’Apcher ou de La Garde subsistent encore.
Marquant l’histoire locale, le château passa entre les mains des Lastic par le mariage de Marie d'Apcher avec Jacques bâtard de Lastic en 1616. Leur descendant, Florimond de Lastic, eut une fille éduquée à l’école de Saint-Cyr, où elle joua un rôle dans la première représentation d’Esther de Racine en 1689, saluée par Madame de Maintenon pour sa beauté. Le château abritera aussi la naissance de Dominique de Lastic de Fournels (1742), dernier évêque de Couserans, et accueillera au XIXe siècle les marquis de Brion, apparentés à des figures napoléoniennes comme le duc Duroc, grand-maréchal de Napoléon Ier.
Architecturalement, le château mêle une structure rectangulaire du XVIe siècle, flanquée de tourelles à mousqueteries, et des ajouts des XVIIe et XVIIIe siècles, comme le pavillon de gardien ou les salons aux boiseries Louis XV et papiers peints romantiques. Les intérieurs, autrefois richement meublés de tapisseries et tableaux, sont aujourd’hui vides. Classé partiellement aux Monuments Historiques en 1961, il témoigne de l’influence des familles nobles lozériennes, des Apcher aux Michel du Roc, conseillers généraux et officiers royaux.
Le dernier habitant notable, le marquis de Brion (1799–1842), épousa Amélie de Lastic, liant ainsi le château à l’histoire impériale : son oncle, le duc Duroc, fut un proche de Napoléon, mortellement blessé à la bataille de Lutzen (1813). Les Michel du Roc, seigneurs de 21 villages en Languedoc, obtinrent en 1756 l’érection de leurs terres en marquisat de Brion. Depuis 1958, le château appartient à leurs descendants, bien que son état se dégrade.
Le site, approché par le GR de pays du Tour des monts d’Aubrac, conserve des éléments protégés : façades, toitures, intérieurs (boiseries, papiers peints), et terrasses du parc. Son abandon contraste avec son passé fastueux, où se croisaient noblesse gévaudanaise, clergé influent et mémoire napoléonienne.