Origine et histoire du Château de Francs
Le château de Francs, édifié à la fin du XIIe siècle sur une motte féodale à Bègles (Gironde), fut initialement une forteresse entourée de fossés, jardins et un moulin sur l’Estey de Francs. Connue sous le nom de La Mothe de Becgles dès 1156, la seigneurie passe entre les mains de Pierre de Bègles, chevalier nommé par Richard Cœur de Lion, avant d’être récupérée en 1204 par Hélie Béguey sous Jean sans Terre. En 1295, Philippe le Bel l’annexe à Bordeaux, marquant son retour sous domination française.
Au XIVe siècle, la seigneurie échoit aux Caupène, puis à Bertrand de Ségur par mariage en 1364, qui rebaptise le château château de Francs. Le site devient un lieu de chasse prisé des rois de France et d’Angleterre. En 1565, Charles IX et Catherine de Médicis y séjournent avant une entrée solennelle à Bordeaux, soulignant son prestige. Au XVIIe siècle, le duc d’Épernon y est reçu, et pendant la Fronde (1648-1653), le château est réquisitionné comme poste militaire.
La famille de Ségur occupe les lieux pendant quatre siècles, aménageant jardins, viviers et le célèbre pavillon Les Douze-Portes, détruit en 1970 pour la rocade bordelaise. Au XIXe siècle, Charles Balaresque relance le vignoble, classé en appellation Graves, avant que le phylloxéra (1906) ne ravage les vignes. Classé monument historique en 1965, le château est restauré après un incendie en 1967. Aujourd’hui propriété de la famille Bastard de Crisnay, il se visite sur rendez-vous.
Architecturalement, le château se compose de deux corps de bâtiments perpendiculaires, avec une tour à pans coupés (XIIe siècle) et des éléments défensifs comme des contreforts. La façade sud conserve des traces médiévales, tandis que des remaniements du XIXe siècle modernisent l’ensemble. Les salons, la porte en plein cintre et les fenêtres à meneaux témoignent de son évolution à travers les siècles.
Le parc, classé avec le château, abritait autrefois des bosquets, une grotte et des pièces d’eau, agrandis par les héritiers Balaresque. Malgré la perte du pavillon des Douze-Portes et l’urbanisation, le site reste protégé pour son patrimoine historique et paysager. Les archives familiales (Balaresque, Ségur) et municipales (Bègles, Bordeaux) documentent son histoire, liée aux grands noms de l’Aquitaine et de la viticulture bordelaise.