Origine et histoire du Château de Gaudiès
Le château de Gaudiès, situé dans le village éponyme en Ariège (Occitanie), trouve ses origines au XIIIe siècle avec la construction d’un édifice fortifié par l’évêque de Toulouse Bertrand de l’Isle-Jourdain à partir de 1280. Bâti autour d’une église du XIIe siècle, il intègre des fortifications préexistantes et devient le chef-lieu de la châtellenie de Gaudiès, regroupant plusieurs seigneuries locales. Bien que les évêques n’y résident pas, le château abrite des notables du village dès le XIVe siècle et sert de halte au pape Clément V en 1309. Son rôle stratégique en fait l’une des cinq baronnies majeures de l’évêché de Toulouse au Moyen Âge.
Au XVIe siècle, les guerres de Religion transforment le destin du château. En 1569, l’archevêque cardinal d’Armagnac, contraint par le roi de France, aliène la baronnie pour 6 000 livres au profit de Mariet Daveran, avant qu’elle ne passe entre les mains des familles de Villemur, de Rigaud, puis de Lévis. Ces derniers, propriétaires intermittents de 1584 (ou 1594) à 1840, entreprennent des rénovations majeures : Jean-Claude de Lévis détruit les maisons installées dans la cour au XIVe siècle, érige un pavillon à la française (achevé en 1599 par sa fille Elisabeth), et perce des fenêtres à meneaux en 1620 sous l’impulsion d’Henri de Lévis-Mirepoix. Le château subit cependant des assauts huguenots, endommageant notamment sa tour circulaire.
Entre 1727 et 1740, Joseph-Christante de Lévis remanie profondément l’édifice : il démolit la tour ronde est pour prolonger le corps de logis, rase le pavillon du XVIe siècle et réaménage les façades. La façade sud, reconstruite en 1697 avec des pierres récupérées, arbore aujourd’hui des baies en brique et pierre, une génoise à tuiles, et un cadran solaire. Le château, entouré d’un parc boisé et de vestiges de douves, conserve des traces de ses quatre tours d’angle médiévales (dont la prison des prêtres) et d’un ancien jardin à la française. Inscrit aux monuments historiques en 1977, il fait l’objet de restaurations de 1967 à 1996, préservant son héritage architectural mêlant Moyen Âge et classicisme.
L’histoire de Gaudiès reflète les tensions religieuses et politiques de son époque. D’abord possession épiscopale, le château devient un enjeu lors des conflits entre catholiques et huguenots, puis un symbole du pouvoir seigneurial des Lévis. Son architecture évolue au gré des destructions et reconstructions, illustrant les transitions entre fonction défensive (fossés, pont-levis) et résidentielle (fenêtres à meneaux, pavillons). Aujourd’hui, ses façades en pierre et brique, ses toits en tuiles, et ses vestiges médiévaux témoignent de près de huit siècles d’histoire, depuis sa fondation par l’Église jusqu’à son classement patrimonial.