Origine et histoire du Château de Germolles
Le château de Germolles, situé à Mellecey en Saône-et-Loire, est l'une des résidences ducales de Bourgogne les mieux conservées, témoignage de la vie de cour à la fin du Moyen Âge. Propriété privée ouverte à la visite, il participe à la Route des châteaux en Bourgogne du Sud et a obtenu le label Maisons des illustres en 2013 ; une saison culturelle s’y déroule d’octobre à juin. Au titre des monuments historiques, le porche d’entrée est classé et la grange ainsi que les sols sont inscrits par arrêté du 12 juin 1989.
Occupé dès le XIIIe siècle par les seigneurs de Germolles, le site relève vraisemblablement des comtes de Chalon ; la lignée des Germolles, apparentée aux sires de Brancion, se succède jusqu’à Guillaume II, qui perdra la seigneurie à la fin du XIVe siècle au profit du duc de Bourgogne. Après diverses négociations et engagements de revenus, le domaine revient en effet à la maison ducale en 1381.
De la maison forte primitive subsistent des éléments intégrés au palais ducal, notamment un vaste cellier et une chapelle basse du XIIIe siècle, où se mêlent influences romanes et gothiques ; les tours flanquant l’entrée, réutilisées au XIVe siècle, attestent aussi de cette phase ancienne.
En 1380 Philippe le Hardi acquiert Germolles et l’offre à sa femme, Marguerite de Flandre ; des travaux importants sont entrepris dans les années 1380 et se poursuivent plusieurs années durant. La duchesse confie les aménagements aux artistes de la cour bourguignonne — le maître maçon Drouet de Dammartin, les sculpteurs Jean de Marville et Claus Sluter, le peintre Jean de Beaumetz — qui transforment la grange fortifiée en un palais de campagne. L’ensemble forme un bâtiment rectangulaire entouré de douves et organisé autour d’une cour fermée : les ailes sud et est abritent les appartements, l’aile ouest les espaces de réception et l’aile nord les logis des gardes.
Marguerite développe sur place des activités agricoles et artisanales complémentaires à la résidence : elle fait planter une large roseraie dont les pétales sont distillés pour produire de l’eau de rose et fait établir une bergerie modèle en lien avec l’économie lainière de Flandre. Le roi Charles VI est reçu à Germolles le 12 février 1389.
Après la période ducale et la mort de Charles le Téméraire, le château revient à la couronne puis passe, sous engagement royal, à diverses familles jusqu’à la Révolution, qui en fait un bien national ; des destructions et un manque d’entretien entraînent la disparition de certaines parties, et des incendies au XIXe siècle ravagent des volumes notables. Racheté à la fin du XIXe siècle, il demeure depuis dans la même famille et a fait l’objet de campagnes de restauration récentes.
Parmi les éléments les plus remarquables, la grande vis d’accès et l’escalier d’honneur marquent le caractère palatial du lieu ; le tympan de la porte porte les armes de Philippe le Hardi. La salle d’honneur, malgré des dégradations par incendie au XIXe siècle, conserve son ampleur ; sa cheminée monumentale sculptée par Claus Sluter et son atelier, ornée de chapiteaux historiés dont un épisode tiré d’Yvain, a été déplacée au XXe siècle dans le grand hall. Le château abrite une riche collection de carreaux de pavement en terre cuite émaillée aux motifs variés — marguerites, lions, roses, chardons, moutons, soleils, fleurs de lys — découverts lors des fouilles.
La chapelle haute, réalisée au premier étage au-dessus de la chapelle basse, comprend une nef, un chœur logé dans une tourelle octogonale en échauguette et un oratoire privé ; elle fut mutilée par un incendie à la fin du XIXe siècle et a été partiellement restaurée lors d’une campagne en 2009-2010, qui a restitué notamment la couverture en ardoise de la tourelle du chœur et le voûtement de la nef. Pour cette restauration, des intervenants ont été distingués par la région Bourgogne.
Le corps de logis, particulièrement bien conservé, présente une organisation sur trois niveaux correspondant aux fonctions domestiques du rez-de-chaussée, à la suite ducale au premier étage et aux appartements de la cour au second. On y trouve une grande cheminée gothique dans la cuisine, des peintures murales inspirées de la rose et la garde-robe de Marguerite de Bavière avec des décors peints à la fin du XIVe siècle par Jean de Beaumetz et Arnoult Picornet, récemment restaurés ; les galetas sous charpente accueillaient les courtisans et certaines salles sont ornées de décors muraux répliqués au début du XXe siècle.
Le parc actuel, remanié au goût romantique anglais à la fin du XIXe siècle, conserve de vieux arbres parfois rares — cyprès chauve, tulipier de Virginie, ginkgo biloba, araucaria — et des alignements de tilleuls et de cyprès qui accompagnent la lecture du site.