Origine et histoire du Château de Gisors
Le château de Gisors est un ancien château-motte construit entre la fin du XIe et le XIIe siècle, puis transformé en château fort. Situé dans le département de l'Eure en Normandie, il fut édifié sur une motte castrale pour défendre le duché de Normandie contre les prétentions du roi de France. La forteresse, dotée d’un donjon circulaire ajouté à une structure préexistante, fut un enjeu stratégique entre Normands et Capétiens, plusieurs fois cédée et reprise.
Les origines du château remontent à 1097, lorsque Robert II de Bellême érigea une motte castrale sur ordre de Guillaume II le Roux, roi d’Angleterre et régent de Normandie. Un donjon en bois, probablement entouré d’une palissade, fut ajouté en 1098. En 1113, le site accueillit une rencontre entre Louis VI le Gros et Henri Ier d’Angleterre. Le château connut son premier siège en 1120 lors d’une rébellion des seigneurs normands, conduisant Henri Ier à renforcer ses fortifications dès 1123, avec l’ajout d’un donjon en pierre octogonal.
En 1144, Geoffroy Plantagenêt, duc de Normandie, remit le château et le Vexin normand à Louis VII le Jeune en échange de son allégeance. Le site devint un bastion anglo-normand après l’avènement d’Henri II Plantagenêt en 1154. Une rencontre en 1158 entre Henri II et Louis VII scella la réconciliation des deux royaumes par le mariage du jeune Henri Plantagenêt avec Marguerite de France, dotée du château. Entre 1158 et 1160, la forteresse fut confiée aux Templiers avant de revenir aux Normands.
Henri II entreprit une vaste campagne de reconstruction entre 1170 et 1180, surélevant le donjon de deux étages et agrandissant les fossés. Une nouvelle enceinte basse, longue de 800 mètres et flanquée de huit tours, fut ajoutée pour renforcer la défense. En 1188, une entrevue entre Henri II et Philippe Auguste y scella une trêve avant la troisième croisade. À la mort d’Henri en 1189, Philippe Auguste profita de l’emprisonnement de Richard Cœur de Lion pour s’emparer du château en 1193, y ajoutant un second donjon cylindrique, la « tour du Prisonnier », inspirée du Louvre.
Le traité de Gaillon en 1196 plaça définitivement Gisors sous autorité française. Le château, perdant son rôle stratégique, fut transformé en prison et accueillit de 1310 à 1314 Jacques de Molay, grand-maître des Templiers, ainsi que trois autres dignitaires de l’ordre. Conquis par les Anglais en 1419, il ne fut repris par la France qu’en 1449. Délaissé après la fin des conflits franco-anglais, il fut déclassé en 1591.
Le château de Gisors est également connu pour les légendes liées au trésor des Templiers. Dans les années 1950, des fouilles non autorisées par le gardien Roger Lhomoy, prétendant avoir découvert des salles souterraines et des coffres, déstabilisèrent les fondations. Aucune preuve tangible ne fut jamais trouvée, mais ces rumeurs contribuèrent à populariser le mythe du trésor caché. Classé monument historique en 1862, le site fait l’objet de restaurations depuis 2021 et est ouvert au public.