Origine et histoire du Château de Goudourville
Le château de Goudourville, situé dans l’actuel département du Tarn-et-Garonne en Occitanie, trouve ses origines au XIIe siècle sous l’impulsion de la famille Gasques, vassale des Durfort de Clermont-Soubiran. Construit sur un pech (plateau rocheux), il domine le village et la vallée de la Garonne. Son nom, dérivé du latin Gothorum villa, évoque l’implantation wisigothe au Ve siècle dans cette région entre Quercy et Tolosa (Toulouse). Le site, initialement un monastère dépendant de l’abbaye de Bonneval détruit par les Normands, fut transformé en forteresse par Hugues de Gasques en 1081 pour servir de vigie.
Au Moyen Âge, le château joue un rôle stratégique : en 1278, les seigneurs Ségui et Pierre de Gasques octroient une charte de coutumes aux habitants, définissant droits et devoirs. Pendant la Guerre de Cent Ans, il est pillé et endommagé, puis restauré vers 1460 par Naudonnet de Lustrac, capitaine de Lauzerte. La famille Lustrac, qui en prend possession à la fin du XVe siècle, entreprend d’importants travaux entre 1480 et 1500, ajoutant une tour d’escalier et des galeries extérieures, marquant la transition vers une demeure plus confortable. Ces aménagements, stylistiquement proches du logis abbatial de Saint-Maurin, placent Goudourville parmi les réalisations notables de la fin du gothique en Aquitaine.
La Renaissance voit le château atteindre son apogée sous Marguerite de Lustrac, fille d’Antoine II et épouse de Jacques d’Albon de Saint-André, maréchal de France et favori d’Henri II. En 1562, Charles IX et Catherine de Médicis y séjournent, illustrant son prestige. Après la mort d’Albon, Marguerite épouse Geoffroy de Caumont, protestant et ami d’Henri de Navarre (futur Henri IV), avant de voir ses domaines spoliés en 1574. Son héritière, Anne de Caumont, vendra Goudourville en 1598 après des enlèvements et mariages forcés, marquant la fin de cette ère faste.
Au XVIIe siècle, le château devient un enjeu politique. Guillaume d’Affis, premier président du Parlement de Bordeaux, le restaure après son achat en 1598, mais il est saccagé en 1652 pendant la Fronde par les troupes royalistes du comte d’Harcourt. Les révoltes contre Mazarin y rassemblent des nobles contestataires, avant que le domaine ne passe aux mains de Jean-Baptiste Lecomte, marquis de Latresne, en 1676. L’état de délabrement s’aggrave jusqu’à son rachat en 1745 par Louis Bailet de Berdolle, capitoul de Toulouse, qui le modernise au goût du XVIIIe siècle (fenêtres à la française, redistribution des espaces) et y organise des réunions secrètes pour rallier le Parlement à la couronne.
La Révolution française marque un nouveau déclin : les tours sont rasées, les pierres réquisitionnées pour réparer les routes. Au XIXe siècle, le château change plusieurs fois de mains, passant des Lary de Latour aux comtes des Grottes, puis à la famille de Cianelli de Sérans, dont Gonzague, engagé volontaire pendant la Première Guerre mondiale. En 1939, l’ingénieur Léon Bernier l’achète pour protéger sa famille, tandis que la famille Vidaillan, occupant la ferme, sauve des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, obtenant le titre de Justes parmi les Nations. Depuis 1974, le château, inscrit aux Monuments Historiques, est restauré et ouvert au public pour des événements culturels et touristiques.
L’architecture du château reflète ses multiples transformations : murs épaissis au XVe siècle, escalier Renaissance, fenêtres à meneaux, et mâchicoulis partiellement conservés. Les campagnes de restauration des XXe et XXIe siècles ont permis de relever les tours abaissées pendant la Révolution et de préserver des éléments comme la salle des Gardes, la chapelle, ou l’escalier à vis. Aujourd’hui, ses propriétaires actuels perpétuent son histoire en combinant conservation patrimoniale et animations publiques, tout en approfondissant les recherches sur les familles qui l’ont façonné depuis le XIe siècle.