Origine et histoire
Le château de Gourdon, situé dans les Alpes-Maritimes à 758 mètres d’altitude, est un édifice fortifié dont les origines remontent au IXe siècle, lors de l’occupation sarrasine. Construite sur un éperon rocheux, cette première forteresse servait de refuge et de poste de surveillance contre les invasions. Au XIIe siècle, les comtes de Provence, organisant la défense de leur frontière face au comté de Vintimille, édifient une place forte sur ces fondations, transformant « Gordon » en un bastion inexpugnable avec trois tours rondes et une muraille nord. Le village, adossé à la roche, utilisait le relief comme rempart naturel, renforcé par des murailles percées de meurtrières.
Au fil des siècles, le château change de mains : passé des comtes de Provence (jusqu’en 1235) aux familles de Grasse-Bar, Villeneuve-Flayosc, puis Borriglione d’Aspremont, il est acquis en 1597 par Louis de Lombard, un avocat grassois. Ce dernier, soutenu par Henri IV pour ses services pendant les guerres de Religion, entreprend une transformation majeure du château au XVIIe siècle. Inspiré par la Place des Vosges, il ajoute des arcades (1610) et un premier étage, tandis que son fils François achève le deuxième étage en 1653. Le château, endommagé pendant les conflits religieux, devient alors une résidence seigneuriale tout en conservant son rôle défensif, comme en témoignent les gargouilles, meurtrières et tours partiellement démolies pendant la Révolution.
Le XIXe siècle marque un tournant avec l’abandon de sa fonction militaire. Le dernier héritier des Lombard, Jean-Paul II, lègue le château en 1820 à son neveu, le marquis de Villeneuve-Bargemon. En 1918, il est vendu à une Américaine, Miss Mae Noris, qui le restaure et y installe un musée en 1938, rassemblant mobilier médiéval et œuvres d’art. Occupé par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, le château rouvre au public en 1950 avant d’être fermé en 2015. Aujourd’hui propriété privée, il incarne un patrimoine architectural mêlant Moyen Âge, Renaissance et classicisme, avec des jardins en terrasse inspirés par Le Nôtre et des intérieurs richement décorés (salle des gardes, chapelle, salon de compagnie).
L’édifice, inscrit aux Monuments Historiques en 1972, se distingue par ses façades en pierre grise, ses toitures à génoise, et ses terrasses offrant une vue imprenable sur la vallée du Loup. Les sous-sols abritent une prison et une cuisine médiévale, tandis que les étages exposent des collections d’armes (persanes, afghanes), des peintures naïves, et des meubles d’époque. Les jardins, dont celui de l’Apothicaire créé en 1970, reflètent l’héritage médiéval et paysager du site. Le château illustre ainsi l’évolution d’une place forte en résidence seigneuriale, puis en lieu culturel, tout en conservant les traces de son passé guerrier.
Parmi les événements marquants, le château résista aux assauts de Charles Quint et servit de refuge pendant les guerres de Religion. En 1643, son seigneur, François de Lombard, fut distingué par le Grand Condé pour sa bravoure à la bataille de Rocroi. Pendant la Révolution, son propriétaire, Jean-Paul Ier de Lombard, évita sa destruction grâce à ses idées libérales. Au XXe siècle, l’engagement de Miss Noris permit de préserver et d’embellir le site, avant son acquisition par la famille Negro en 1997. Fermé au public depuis 2015, le château reste un symbole de la Provence historique, alliant stratégie militaire, architecture noble et patrimoine artistique.