Origine et histoire du Château de Grand'maisons
Le château de Grand'maisons, situé à Villepreux près de Versailles, trouve ses origines au début du XVIIIe siècle. En 1706, Pierre François de Francini, fontainier royal et descendant de Thomas de Francini (fontainier d’Henri IV), obtient la seigneurie de Villepreux, érigée en comté en 1707. À sa mort en 1720, son fils François Henri de Francini entreprend la transformation de l’hôtel de Grand'Maisons en un château plus moderne, bien que les travaux restent inachevés jusqu’au XIXe siècle. Ruiné, Honoré de Francini, son héritier, vend la seigneurie à Louis XVI en 1768, avant que le domaine ne passe entre les mains de l’architecte François Heurtier en 1779, via une manœuvre juridique liée à la couronne.
En 1802, le château est cédé à Pierre Jacques Dubois-Desmeures, puis acquis en 1811 par Thomas Jean Baptiste Merlin, déjà propriétaire de la ferme adjacente via son mariage avec Marie-Françoise-Claudine Tricard. Cette réunion des deux propriétés permet à Augustine Bertin de Veaux, fille de Marie-Françoise et héritière en 1826, d’achever l’aile est du château et d’y développer un salon littéraire fréquenté par des figures romantiques comme Chateaubriand, Berlioz ou Corot. Le domaine, enrichi de collections d’art, de livres (2 500 volumes) et de meubles signés par des ébénistes renommés, reste dans la famille Bertin de Veaux jusqu’au XXe siècle.
Classé partiellement aux monuments historiques en 1970 pour ses façades, toitures et salons bleus, le château subit les aléas des deux guerres mondiales. En 2016, après la mort de Luc Le Gouz de Saint Seine, les héritiers vendent les collections (4 millions d’euros), mettant fin à deux siècles de patrimoine familial. Le site, ouvert au public pour des visites et hébergements, illustre l’évolution architecturale et culturelle des XVIIIe et XIXe siècles en Île-de-France.
L’orangerie, construite vers 1720 avec des matériaux du manoir détruit, et les salons Empire et Restauration témoignent du faste des lieux. Les portraits familiaux, signés par Girodet-Trioson, Ingres ou Lehmann, ainsi que les statues comme la Psyché de Tenerani (record mondial aux enchères), soulignent l’importance artistique du domaine. Les ébénistes Bernard Molitor et Jacob-Desmalter, ainsi que les reliures de Bozerian ou Thouvenin, complètent ce patrimoine exceptionnel.