Origine et histoire du Château de Grandpré
Le château de Grandpré, situé dans les Ardennes, fut construit à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle par la famille Joyeuse, comtes de Grandpré. Il remplace une forteresse féodale détruite en 1441 sur ordre de Charles VII, après que sa garnison se fût comportée comme des brigands. Le nouvel édifice, initié par Louis de Joyeuse et achevé par son arrière-petit-fils Claude, se distingue par sa tour-porte de la Justice (1618), un chef-d’œuvre de style Louis XIII mêlant briques et pierre calcaire locale, orné de bretèches défensives et de colonnes torses.
Le site, stratégique, contrôlait la Trouée de Grandpré, un passage clé à travers la forêt d'Argonne, comparé aux Thermopyles par le général Dumouriez lors de la préparation de la bataille de Valmy (1792). Le château abritait des communs aux fenêtres étroites et des échauguettes, reflétant une vocation défensive symbolique contre les coups de main. En 1618, la porte monumentale, avec son fronton à volutes et ses arcatures ogivales, incarnait le prestige des Joyeuse, avant que le domaine ne passe aux mains du marquis de Sémonville en 1791.
Le château connut plusieurs destructions : un incendie en 1834 (provoqué par un feu dans la salle des gardes) épargna seulement la porte de la Justice et ses dépendances, déjà rescapées des dégâts causés par les armées prussiennes et des émigrés en 1792. Reconstruit par la famille Babled après 1839, puis ravagé durant la Première Guerre mondiale, il fut restauré dans les années 1920 avec des simplifications stylistiques. Les vestiges actuels, classés Monument Historique en 1921, témoignent de son rôle dans l’histoire militaire et architecturale de la région.
Parmi les événements marquants, le général Dumouriez y séjournait en 1792 avant Valmy, et le général Joubert s’y maria en 1799 avec la fille adoptive de Sémonville. Le mausolée de Claude de Joyeuse, dans l’église Saint-Médard, rappelle l’héritage des bâtisseurs. Aujourd’hui, la porte de la Justice et ses pavillons, avec leurs échauguettes et canonnières, restent les éléments les plus emblématiques du site, illustrant l’alliance entre esthétique baroque et fonction défensive.
Le château de Grandpré incarne aussi les bouleversements politiques français : passé entre les mains de Sémonville (un homme ayant traversé Révolution, Empire et Restauration), il reflète les transitions entre aristocratie féodale, pouvoir révolutionnaire et propriété bourgeoise. Sa reconstruction post-1839, plus modeste, et sa restauration après 1918 soulignent une résilience liée à son ancrage territorial dans la vallée de l’Aire.