Origine et histoire du Château de Grignan
Le château de Grignan trouve ses origines au XIIe siècle, construit par la famille d'Adhémar sur un piton rocheux dominant le village. Initialement forteresse médiévale, il est renforcé au XIIIe siècle avec une enceinte et une chapelle Saint-Romain, tandis que la seigneurie devient une baronnie. Les Adhémar, seigneurs locaux, obtiennent en 1257 des privilèges fiscaux et judiciaires du comte de Provence, consolidant leur pouvoir.
Au XVe siècle, Gaucher Adhémar (1450–1516), au service de Louis XI, transforme le château en résidence Renaissance. Il double la salle médiévale, crée une galerie d’apparat et modernise les façades, inspiré par les modèles italiens introduits via Avignon et Marseille. Son fils, Louis Adhémar (1474–1558), ambassadeur de François Ier, poursuit les travaux : construction du corps de logis sud (1540–1545) et de la terrasse couvrant la collégiale Saint-Sauveur, malgré une interruption due à son emprisonnement pour son rôle dans la répression des Vaudois.
Le XVIIe siècle marque l’apogée du château avec François Adhémar de Grignan, époux de Françoise-Marguerite de Sévigné, fille de la célèbre épistolière. Entre 1684 et 1690, il fait bâtir l’aile des Prélats, financée par ses frères ecclésiastiques, et aménage des jardins en terrasses. Madame de Sévigné y séjourne à trois reprises (1672–1673, 1690–1691, 1694–1696) et y meurt en 1696. La famille, ruinée par des dettes et la mort prématurée de l’héritier en 1704, vend le château en 1732 aux Félix du Muy.
La Révolution française entraîne la destruction partielle du château en 1793 : la toiture et les deux tiers de la façade sud sont démolis, le mobilier vendu. Classé comme « monument insultant l’égalité », il est sauvé de justesse par sa restitution au général du Muy en 1794. Au XIXe siècle, Léopold Faure (propriétaire à partir de 1838) consolide les ruines et restaure le châtelet d’entrée, ajoutant des éléments néo-gothiques. Au XXe siècle, Marie Fontaine (1912–1937) entreprend une reconstruction fidèle, s’appuyant sur des archives et des croquis d’époque, malgré des erreurs dans la façade sud.
Aujourd’hui, le château abrite des collections mobilières et des tapisseries, et accueille des événements culturels comme les Fêtes nocturnes (depuis 1987) et des tournages. Classé Monument Historique en 1993, il est propriété du département de la Drôme et symbolise à la fois l’héritage médiéval, la Renaissance provençale et le rayonnement littéraire de Madame de Sévigné.