Origine et histoire du Château de Grignon
Le château de Grignon, situé à Thiverval‑Grignon dans les Yvelines, a été construit au XVIIe siècle et appartient actuellement à AgroParisTech. Le domaine avait été acquis en 1582 par Pomponne de Bellièvre, et un manoir existait depuis le XIIe siècle sur le fief de Buc. Son fils Nicolas de Bellièvre fit édifier le château actuel au XVIIe siècle, en 1636, et obtint l'érection de Grignon en marquisat en 1651. En 1674 le domaine fut agrandi à la suite d'un échange de terres avec l'église de Thiverval, entraînant le déplacement du village vers l'ouest. Le 12 mai 1682 Pierre de Bellièvre vendit le marquisat de Grignon à André Potier, seigneur de Novion.
Après la Révolution, le domaine passa à Monsieur Auguie; sa fille épousa le maréchal Ney en 1802, mariage célébré à Thiverval dans la maison du maire, dite plus tard château de Thiverval. Le futur maréchal Bessières d'Istries acheta le château, le parc, les terres et les fermes en 1803; sa veuve les remit en vente en 1821. L'adjudication de 1826 profita à Charles X, qui y institua l'Institution royale agronomique de Grignon. L'établissement changea ensuite plusieurs fois de nom : École impériale d'agriculture en 1852, École nationale d'agriculture en 1870, École nationale supérieure d'agronomie de Grignon en 1960, Institut national agronomique Paris‑Grignon en 1971, puis AgroParisTech en 2007, faisant de Grignon la plus ancienne des écoles françaises d'agriculture et d'agronomie encore en activité.
De 1828 à 1971 les élèves effectuaient les trois années de scolarité sur le domaine et logeaient dans des résidences voisines du château; à partir de 1971 et jusqu'au déménagement en 2022 seule la première année se déroulait sur place. Le site accueillit également des laboratoires de recherche, notamment du centre INRAE de Versailles‑Grignon, des laboratoires associés tels que Terres Inovia, ainsi que des administrations de l'INRAE. À la suite du déménagement de 2022, seuls les laboratoires de Terres Inovia sont demeurés en activité sur le domaine.
L'implantation de l'école sur le plateau de Saclay, envisagée pour 2021, donna lieu à des projets de reconversion du château, dont une proposition d'en faire le centre d'entraînement du PSG qui suscita des contestations; le club retint finalement le site de Poissy en juillet 2016. L'Association Patrimoine AgroParisTech‑Grignon 2000, créée en 1999 par d'anciens élèves, enseignants‑chercheurs et amis de Grignon, souhaite consacrer le site à des activités de recherche, de formation et de médiation sur l'agriculture, l'alimentation et l'environnement. Dans la nuit du 15 au 16 mars 2021, des étudiants d'AgroParisTech, soutenus par une partie de la communauté de l'établissement et de l'INRAE, ont bloqué le site pour s'opposer au processus de vente, invoquant notamment un manque d'écoute et des questions sur la transparence et les critères de la procédure. En novembre 2021 la vente du domaine au promoteur Altarea, retenu en août, fut suspendue par l'État et une nouvelle procédure fut annoncée pour le second semestre 2022.
En juin 2022 l'État mit en vente aux enchères du mobilier du château dans des conditions controversées, ce qui provoqua l'ouverture d'une instruction par le procureur général près la Cour des comptes. La Cour des comptes a estimé un manque à gagner de 159 000 euros pour l'État et un préjudice financier total de 219 000 euros; en décembre 2024, quatre fonctionnaires furent condamnés, dont deux dirigeants de l'école sanctionnés par des amendes de 4 000 et 5 000 euros, ainsi que deux responsables de la Direction nationale d'interventions domaniales. En novembre 2022 la préfecture des Yvelines confia à l'association Emmaüs Solidarité l'accueil de 200 migrants sur l'ancien campus étudiant pour les protéger du froid hivernal. En février 2024 l'État renouvela la capacité d'accueil du lieu pour 195 personnes évacuées d'un campement à Mayotte; ces personnes furent logées dans les anciennes résidences étudiantes voisines du château et non dans le château lui‑même. En juin 2024 les services du Premier ministre confirmèrent le maintien du domaine comme bien public et annoncèrent la création d'une société ad hoc au service de l'intérêt général.
Le château est implanté au cœur d'un parc de 300 hectares, dont environ 130 hectares de terres agricoles et 130 hectares de bois, et l'ensemble est clos par un long mur. Le bâtiment principal, construit en U dans le style Louis XIII avec parement de briques et de pierres, est entouré d'anciens communs et d'installations scientifiques édifiées aux XIXe, XXe et début du XXIe siècle. L'ensemble intra muros est inscrit au titre des Monuments historiques par arrêté du 5 juillet 1941 et bénéficie donc d'une protection patrimoniale.