Origine et histoire du Château de Guémené-sur-Scorff
Le château de Guémené-sur-Scorff trouve ses origines au XIe siècle avec la construction d’une motte castrale par Guégant, neveu d’Alain Canhiart, comte de Cornouaille. Ce premier édifice en bois, situé sur un site défensif naturel au bord du Scorff, marque la naissance de la seigneurie de Guémené, dépendante du comté de Porhoët. Au XIIe siècle, la motte est remplacée par un château en pierre, incluant donjon et logis, sous l’impulsion de la famille de Rohan qui absorbe le fief. Les Rohan transforment Guémené en une seigneurie majeure de l’ouest du comté de Vannes, regroupant 15 paroisses et des forêts étendues.
Au XIIIe siècle, des travaux majeurs sont entrepris après le mariage de Mabile de Rohan avec Robert de Beaumez, notamment l’ajout d’une tour carrée et d’une enceinte en pierre autour de la ville. Le château, souvent assiégé (par les Anglais en 1342, les Ligueurs en 1589), est reconstruit en partie par les Anglais entre 1342 et 1354 après sa destruction. En 1377, Jean Ier de Rohan et Jeanne de Navarre rachètent la forteresse, qui passe ensuite à leur fils Charles, fondateur de la lignée des Rohan-Guémené. En 1570, Charles IX érige Guémené en principauté, conférant à ses seigneurs le titre de Princes de Guémené.
Le château, remanié à plusieurs reprises, connaît son apogée aux XVIe et XVIIe siècles avant d’être progressivement délaissé par ses propriétaires, préférant la Touraine ou la cour royale. Marie de Rohan le transforme en résidence de plaisance Renaissance au XVIIe siècle, mais il tombe en ruine dès 1693, servant même de carrière de pierres. Au XIXe siècle, les vestiges sont partiellement démantelés pour construire un lotissement (1927), ne laissant subsister que la tour Prison (XVe siècle), la porterie des Rohan (XVIe), et les Bains de la Reine, étuves médiévales attribuées à Jeanne de Navarre. Ces derniers, vendus en 1927, sont rachetés en 2001 et réinstallés dans un musée en 2008.
La ville de Guémené-sur-Scorff, développée autour du château, devient un centre administratif et commercial prospère dès le Moyen Âge, abritant foires, halles (détruites en 1923), et une collégiale fondée en 1529 par Marie de Rohan. Son déclin s’amorce avec la Révolution : le château, transformé en prison puis en caserne, est vendu comme bien national. Au XIXe siècle, une nouvelle mairie néoclassique est construite dans son enceinte (1860). Aujourd’hui, le site conserve des traces de son passé féodal, comme des pans de murs et des portes géminées, tandis que la Fête de l’Andouille (spécialité locale) perpétue son héritage culturel.
Le château est classé Monument Historique en 1925 pour sa porte du XVe siècle et en 2016 pour les Bains de la Reine. Ces vestiges, associés aux maisons médiévales de la Grande Rue (comme l’hôtel des Princes ou la maison du Sénéchal), témoignent de l’importance historique de Guémené, ancienne capitale du Pays Pourlet et membre des Petites Cités de Caractère.