Origine et histoire
Le château de Haut-Hattstatt est un château fort érigé entre 1280 et 1282 par la famille de Hattstatt, l’une des plus puissantes d’Alsace à l’époque. Sa construction, financée collectivement par les trois branches de la famille (à raison de 13, puis 10 marcs d’argent annuels), répondait à un enjeu stratégique : concurrencer les Girsberg pour le contrôle des cols lucratifs entre la plaine d’Alsace et la vallée du Krebsbach, notamment le col du Bildstoeckle et celui du Marbach. Le chantier, peut-être dirigé par le même maître d’œuvre que le Hohlandsbourg, s’achève rapidement, comme en témoigne l’embauche de gardes dès avril 1282.
Le château reste aux mains des Hattstatt jusqu’aux années 1430, date à laquelle Antoine de Hattstatt cède la moitié du domaine au duc de Lorraine en échange des droits sur Saint-Hippolyte. Au milieu du XVe siècle, le site devient un repaire de chevaliers brigands, attirant les foudres des bourgeois de Bâle (qui envisagent sa destruction en 1462) et de Mulhouse. En 1466, après l’emprisonnement de bourgeois mulhousiens par Pierre de Reguisheim, la milice de Munster — alliée à Mulhouse via la Décapole — assiège et incendie le château du 5 au 13 novembre, avant de le détruire à la poudre. Les ruines, abandonnées, se dégradent ensuite progressivement.
Le déclin du Haut-Hattstatt s’explique par la perte de son intérêt stratégique et l’évolution des modes de vie de la noblesse, qui privilégie désormais les résidences urbaines. Au XVIIe siècle, les Truchsess (héritiers des Hattstatt) vendent même ses pierres à Colmar entre 1646 et 1647. Les vestiges restants, déjà réduits à un pan de mur au XIXe siècle, subissent de nouveaux dommages pendant la Première Guerre mondiale, lorsque les Allemands y creusent des tranchées. Les derniers vestiges du logis s’effondrent au début des années 2000, scellant la disparition presque totale du monument.
Construit en granite porphyroïde local (extraits sur place lors du creusement des fossés), le château présentait des maçonneries de type fourrées, avec un parement intérieur et extérieur rempli d’éclats de granite et de sable. Les blocs, grossièrement taillés pour être manipulables à la main (35 à 55 kg), étaient assemblés avec un mortier composé de chaux et de sable. L’homogénéité des matériaux et des techniques suggère une construction rapide et une absence de modifications majeures avant sa destruction. Le logis, probablement quadrangulaire (21 × 13 m), comportait quatre niveaux percés d’archères, de fenêtres à coussiège, et de fentes d’éclairage. Une basse-cour, protégée par une enceinte, s’étendait en contrebas.
L’emplacement du château, à 797 m d’altitude sur un sommet granitique, lui permettait de surveiller les vallées environnantes et les axes de passage. Son architecture, dépourvue de donjon mais dotée d’un système défensif adapté au terrain, reflétait les rivalités locales pour le contrôle des routes commerciales. Malgré son rôle éphémère, le Haut-Hattstatt illustre les dynamiques politiques et militaires de l’Alsace médiévale, marquée par la compétition entre familles nobles et l’émergence des ligues urbaines comme la Décapole.