Origine et histoire du Château de Hunebourg
Le château de Hunebourg, situé à Dossenheim-sur-Zinsel dans le Bas-Rhin, trouve ses origines au XIIe siècle. Attesté dès 1125 avec le comte Folmar de Huneburc, il appartenait à une lignée proche des comtes de Metz et d’Eguisheim-Dabo. Ce château médiéval, composé d’un « vieux château » sur un petit rocher et d’un « nouveau château » adjacent, servait de résidence et de forteresse pour les comtes de Hunebourg, avoués des abbayes de Neuwiller et Honau. Il fut partiellement détruit en 1378 par les Strasbourgeois, puis reconstruit avant d’être progressivement abandonné à partir de 1464. Ses ruines, vendues comme bien national, furent acquises en 1809 par le maréchal Clarke, qui y aménagea un parc et détruisit le donjon médiéval.
Au début du XXe siècle, le site fut racheté par Fritz Spieser, un autonomiste alsacien, qui entreprit entre 1934 et 1944 une reconstruction ambitieuse en style néo-roman. L’architecte Karl Erich Loebell conçut plusieurs bâtiments, dont la Friedensturm (1937-1938), un donjon commémoratif dédié aux soldats alsaciens-mosellans de la Première Guerre mondiale. Le projet, interrompu par la Seconde Guerre mondiale, devint un lieu de réunions pour des groupes autonomistes pro-nazis. Spieser, contraint à l’exil en 1939, revint après l’occupation allemande mais ne put achever son œuvre en raison des pénuries de matériaux et de main-d’œuvre.
Après 1945, le château fut placé sous séquestre puis vendu en 1949 à la Société Mutualiste de l’Enregistrement. Transformé en centre de vacances pour les agents des Finances, il devint plus tard une propriété privée après avoir été un hôtel géré par Vacanciel. Aujourd’hui, le site conserve des éléments néo-romans comme la Friedensturm, la cour d’honneur et des bâtiments résidentiels, ainsi que des vestiges médiévaux à peine visibles. Inscrit aux Monuments Historiques en 2007, il témoigne des recompositions politiques et architecturales de l’Alsace au XXe siècle.
Le château médiéval, dont il reste peu de traces en élévation, était organisé en deux parties distinctes : le « vieux château » sur le petit rocher, protégé par un mur-bouclier et un donjon, et le « nouveau château » sur le grand rocher, probablement dédié à des fonctions résidentielles. L’accès se faisait par un escalier taillé dans la roche, à l’opposé de l’actuel pont. Les fouilles et études historiques révèlent une citerne creusée dans le roc et des pierres à bosses caractéristiques des XIIe et XIIIe siècles. Après sa destruction partielle en 1378, le château changea plusieurs fois de mains (Fleckenstein, Lichtenberg) avant d’être définitivement abandonné au XVe siècle.
Le projet de Fritz Spieser, marqué par son engagement autonomiste, visait à créer un symbole identitaire alsacien. La Friedensturm, haute de 16 mètres, épouse la forme pentagonale du rocher ouest et intègre des sculptures commémoratives. Les bâtiments résidentiels, comme la maison de Spieser (1935) et la Gästehaus (inachevée), devaient accueillir des hôtes et des activités culturelles. Le Saalbau, conçu comme une chapelle-salle de musique, et la ferme idéale (non réalisée) reflétaient une vision romantique de la vie communautaire, inspirée du mouvement Wandervogel. Les matériaux locaux (grès rose) et les références architecturales alsaciennes (arcatures, baies géminées) renforçaient cette dimension identitaire.
L’architecture néo-romane du château de Spieser s’inspire de monuments alsaciens, avec des voûtes d’arêtes, des bas-reliefs et des éléments défensifs stylisés. La cour d’honneur, close par un mur ajouré, et les sculptures d’Alfons Rompel (1895-1961) ajoutent une dimension artistique au projet. Malgré son inscription en 2007, l’accès à certains espaces, comme la tour-donjon, reste parfois restreint. Le site, aujourd’hui propriété privée, illustre les tensions mémorielles de l’Alsace, entre héritage médiéval, reconstruction controversée et réappropriation contemporaine.