Origine et histoire du Château de Jeurre
Le château de Jeurre, situé à Morigny-Champigny en Essonne, est un domaine dont les origines remontent au XVIIe siècle, avec des transformations majeures au 4e quart du XVIIIe siècle. Le site est mentionné dès 1412 sous le nom de tour de Jeurres, puis comme châteaux des Grand et Petit Jeurre en 1689. Entre 1809 et 1814, le comte Mollien, époux d'Adèle Dutilleule, agrandit le château, reconstruit les communs, la ferme et la maison du jardinier, avec l'aide des architectes Pierre-Nicolas Bénard et Jacques-Charles Bonnard. Le parc, d'une superficie de 60 hectares, est aménagé à cette époque, intégrant des allées de buis et des éléments architecturaux salvés de la destruction.
En 1895, des fabriques créées par Hubert Robert pour le marquis de Laborde, banquier de Louis XV, sont démontées du parc de Méréville et réinstallées à Jeurre entre 1896 et 1897. Parmi ces éléments figurent le Temple de la Piété filiale, la Laiterie (avec sa façade en trompe-l'œil), le Cénotaphe de Cook (sculpté par Augustin Pajou), et la Colonne rostrale commémorant l'expédition de La Pérouse. Ces œuvres rappellent aussi la tragédie de 1786, où le marquis de Laborde perd ses deux fils dans un naufrage en Alaska. D'autres éléments, comme le fronton du château royal de Saint-Cloud ou une sphère armillaire du XVIIe siècle, enrichissent ce parc éclectique.
Le domaine est classé Monument Historique par étapes : le Temple de l'Amour, le tombeau de Cook, la colonne rostrale et la façade de l'ancienne laiterie sont classés en 1957, suivis du fronton de Saint-Cloud en 1973. Les façades et toitures du château, incluant les éléments rapportés, sont inscrites en 1980. Enfin, l'ensemble du site est classé en 1990, reconnaissant sa valeur patrimoniale exceptionnelle, mêlant histoire locale, art des jardins et héritage architectural du XVIIIe siècle.