Origine et histoire du Château de Josselin
Le château de Josselin trouve ses origines au début du XIe siècle, lorsque Guéthénoc, vicomte de Porhoët, érige une première forteresse en bois sur un site stratégique dominant la rivière Oust. Ce lieu, à la croisée de voies romaines et proche d’un sanctuaire marial (Notre-Dame du Roncier), devient un pôle économique et religieux majeur en Bretagne. La forteresse est détruite en 1168 par Henri II Plantagenêt, puis reconstruite en pierre à la fin du XIIe siècle par Eudes II de Porhoët. Au XIVe siècle, Olivier V de Clisson, connétable de France, en fait une citadelle imposante avec donjon, enceinte et neuf tours, marquant son opposition au duc de Bretagne.
Au XVe siècle, le château passe aux mains de la famille de Rohan par le mariage d’Alain VIII avec Béatrice de Clisson. Son fils, Alain IX, puis Jean II de Rohan transforment la forteresse en une résidence de plaisance entre 1490 et 1510, ajoutant une façade Renaissance exceptionnelle en granit sculpté, typique du style Louis XII. Ce logis, doté d’un escalier rampe-sur-rampe pionnier en France, symbolise la transition entre le gothique flamboyant et la Renaissance. Cependant, les conflits religieux du XVIIe siècle conduisent Richelieu à démanteler partiellement le château en 1629, épargnant seulement le bâtiment Renaissance.
Aux XVIIIe et XIXe siècles, le château, délaissé par les Rohan vivant à la Cour, sert de prison et se dégrade. Une restauration majeure est entreprise à partir de 1855 sous la direction de Jules de La Morandière, élève de Viollet-le-Duc, qui redonne au château son aspect médiéval et néo-gothique. Les intérieurs sont réaménagés dans le style « Troubadour », et les jardins sont redessinés au XXe siècle par Achille Duchêne et Louis Benech. Aujourd’hui, le château, toujours propriété des Rohan, abrite des collections d’art (portraits, mobilier, porcelaines) et des jardins remarquables, ouverts au public.
Le site conserve des vestiges de ses différentes époques : les tours médiévales sur l’Oust, la façade Renaissance côté cour, et la « Tour-prison » du XVIIIe siècle. Son histoire reflète les luttes de pouvoir en Bretagne (guerre de Succession, conflits franco-bretons), l’influence des Rohan, et les évolutions architecturales, de la forteresse féodale au château d’agrément. Classé monument historique en 1928, il reste un témoignage majeur du patrimoine breton.