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Château de Juvisy dans l'Essonne

Château de Juvisy

  • 91260 Juvisy-sur-Orge
Juvisy, 91260 Juvisy-sur-Orge, France

Frise chronologique

Renaissance
Temps modernes
Révolution/Empire
XIXe siècle
Époque contemporaine
1600
1700
1800
1900
2000
1632
Acquisition par Michel Le Masle
1659
Rachat par Antoine Rossignol des Roches
1660-1668
Création des jardins par Le Nôtre
1807
Acquisition par le comte de Monttessuy
1900
Rachat par la municipalité
avril 1944
Destruction par bombardement
Aujourd'hui
Aujourd'hui

Personnages clés

Michel Le Masle - Premier propriétaire attesté Chanoine de Notre-Dame, acquiert le domaine.
Antoine Rossignol des Roches - Mécène et restaurateur Commande le Pavillon Louis XIV et les jardins.
André Le Nôtre - Jardinier-paysagiste royal Crée les cascades et grottes, chef-d’œuvre.
Comte Auguste de Monttessuy - Propriétaire au XIXe siècle Transforme le parc en style paysager.
Pierre-Denis Martin - Peintre du domaine Auteur d’un tableau conservée au VA Museum.

Origine et histoire

Le château de Juvisy, situé à Juvisy-sur-Orge dans l’Essonne, était un édifice du XVIIe siècle construit à l’emplacement d’un ancien monastère. Bien que sa date exacte de construction et son architecte restent inconnus, il est attesté que le domaine fut acquis en 1632 par Michel Le Masle, chanoine de Notre-Dame de Paris, puis racheté en 1659 par Antoine Rossignol des Roches, président de la Chambre des comptes. Ce dernier entreprit d’importants travaux, dont la création du Pavillon Louis XIV pour accueillir le roi, et confia les jardins à André Le Nôtre, qui en fit l’un de ses plus grands chefs-d’œuvre, exploitant la pente naturelle du coteau pour créer des cascades spectaculaires et des belvédères offrant une vue imprenable sur la Seine et la campagne environnante.

Au XVIIIe siècle, le domaine changea plusieurs fois de mains. Le parc, décrit par Dulaure comme un joyau planté par Le Nôtre, comportait un canal de 130 toises alimenté par des sources, des grottes ornées de sculptures, et des allées majestueuses bordées de jets d’eau. Les jardins, organisés en terrasses et en perspectives théâtrales, jouaient avec les éléments naturels (eau, rochers) pour créer une expérience immersive, où la nature était mise en scène sans être dominée, contrairement à Versailles. Le château, quant à lui, abritait des peintures remarquables, comme Les Noces de l’Amour et de Psyché, et une galerie ornée de tableaux représentant les conquêtes de Louis XIV.

Le XIXe siècle marqua un tournant avec l’acquisition du domaine en 1807 par le comte Auguste de Monttessuy, qui le transforma en un parc paysager romantique. Les jardins, déjà endommagés lors de la guerre de 1870, furent progressivement lotis à partir de 1896 par la Société Immobilière du Château de Juvisy. En 1900, la municipalité racheta le château pour y installer la mairie, mais celui-ci fut détruit lors du bombardement de 1944. Aujourd’hui, il ne subsiste que quelques vestiges des jardins, comme le Fer-à-cheval (inscrit aux monuments historiques) et le miroir, ainsi que les grottes et le pont des Belles Fontaines, témoins silencieux de ce joyau perdu.

L’architecture du château, documentée par des photographies d’Atget et un tableau de Pierre-Denis Martin (conservé au VA Museum de Londres), révélait un édifice modeste en taille mais intégré harmonieusement à son environnement. Les jardins, organisés en un parcours scénographique, guidaient le visiteur depuis les bassins de l’Orge jusqu’aux grottes monumentales, puis vers le grand canal réservoir en hauteur, d’où l’on découvrait une vue panoramique sur la boucle de la Seine. André Le Nôtre y déploie une ingéniosité rare, mêlant art et nature, avec des jeux d’eau, des perspectives en patte d’oie, et des belvédères conçus pour magnifier le paysage existant.

La destruction du château en 1944 marqua la fin définitive de ce site exceptionnel, dont les vestiges (grottes, escaliers, et ouvrages hydrauliques) rappellent encore l’ambition esthétique et technique. Le parc, loti au XXe siècle, laisse deviner, à travers les cartes postales anciennes et les descriptions de Dulaure, l’éclat d’un domaine où l’eau, la pierre et la végétation composait un spectacle unique, considéré comme l’un des plus aboutis de Le Nôtre, rivalisant avec les plus grands jardins royaux.

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