Origine et histoire du Château de Kéranroux
Le château de Kéranroux, situé à 2,8 km au nord-ouest de Morlaix dans le Finistère, fut construit entre 1773 et 1774 pour remplacer un manoir du XVIIe siècle en ruine. François Gabriel de la Fruglaye, héritier du domaine après la mort du marquis du Parc de Locmaria, décida d’édifier ce nouveau château sur une hauteur, afin d’échapper à l’humidité des bords de la rivière de Morlaix. L’ancien manoir, dont il ne reste que des fondations, datait du XVIIe siècle et appartenait à la famille du Parc depuis le début des années 1600.
La seigneurie de Kéranroux remonte au moins à 1301, lorsque Yvon de Keranroux, chargé par Henri V, comte de Léon, d’entretenir la forêt de Cuburien, en devint le premier propriétaire connu. Le domaine changea plusieurs fois de mains au Moyen Âge : la famille Le Treut en 1427, puis les Coatquis, Jehan Estienne en 1445, et enfin Alain de la Forest en 1543. Ce dernier transmit le domaine à ses descendants pendant quatre siècles, notamment via François du Parc, qui lègua Keranroux à son frère Claude au début du XVIIe siècle.
Au XVIIIe siècle, le château devint le cœur d’un vaste domaine incluant un parc, un colombier du XVIe siècle (épargné lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale), et une chapelle néo-gothique construite entre 1839 et 1843 par Marie de la Fruglaye. Cette dernière, connue pour son dévouement lors de l’épidémie de choléra de 1832, y fit aménager des sépultures familiales. Le château, de style classique symétrique, se distingue par son fronton armorié, ses cheminées en brique et pierre, et un escalier monumental menant à une terrasse.
Le domaine subit des modifications aux XIXe et XXe siècles, comme la reconstruction des communs ou l’ajout d’une ferme modèle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Alliés bombardèrent le château, occupé par les Allemands, détruisant partiellement la chapelle mais épargnant le colombier. Aujourd’hui, le château, inscrit aux Monuments Historiques en 1992 pour ses façades, toitures, et éléments intérieurs, reste un témoignage architectural majeur du Finistère, ouvert pour des événements privés.
Parmi les personnages marquants liés au château, Paul Émile de la Fruglaye, fils de François Gabriel, fut un officier royaliste exilé en 1792 pour avoir tenté de faire évader Madame Royale. De retour en 1802, il devint député du Finistère puis pair de France sous la Restauration. Son petit-fils, Paul de Chaloagny, transmit ensuite le domaine à la famille Gouyon de Beaufort, dont les derniers héritiers périrent pendant la Première Guerre mondiale.