Origine et histoire du Château de Kergounadeach
Le château de Kergounadeach (ou Kergournadec'h) est un édifice du début du XVIIe siècle situé à Cléder, dans le Finistère, en Bretagne. Ses ruines, marquées par des tours rondes et des mâchicoulis de style médiéval, contrastent avec des cheminées de style Renaissance. Selon la légende rapportée par Albert Le Grand et Marc de Vulson de La Colombière, le nom du château (« la maison de l’homme qui ne fuit pas ») proviendrait d’un guerrier local, Nuz, qui aida saint Pol Aurélien à vaincre un dragon sur l’île de Batz. En récompense, il reçut cette terre avec des privilèges héréditaires, comme celui de se présenter armé lors des cérémonies religieuses à la cathédrale de Léon.
La famille de Kergounadeach, l’une des plus influentes du Léon après les vicomtes, est attestée dès le XIIIe siècle avec Nuz, époux d’Alix de Léon. Leurs descendants, comme Guyomar (XIVe siècle), participèrent aux guerres de Succession de Bretagne. Le château actuel fut construit vers 1630 par Sébastien II de Rosmadec, sur un plan carré flanqué de quatre tours, sans remparts ni douves. Malgré son apparence médiévale, son architecture intérieure, avec deux escaliers d’apparat centraux, reflète une recherche Renaissance, proche des châteaux de Challuau ou de Chambord.
Le domaine changea plusieurs fois de mains : passé aux Kerhoënt par mariage en 1504, puis aux Rosmadec en 1616, il fut vendu en 1726 à Mathieu Pinsonneau après la mort sans héritier de Sébastien III de Rosmadec. Sa veuve et sa fille, Pétronille-Françoise, seraient responsables de sa ruine au XVIIIe siècle, les pierres servant à construire des églises locales. Les vestiges, inscrits aux Monuments Historiques en 1926, incluent les tours, des courtines, et des cheminées ornées. Une chapelle, un étang, et une métairie complétaient autrefois l’ensemble.
Le château était entouré d’une enceinte défensive quadrangulaire, aujourd’hui partiellement disparue, et comportait des éléments défensifs comme des ouvertures de tir et un chemin de ronde sur mâchicoulis. À l’intérieur, la distribution symétrique autour d’une grande salle centrale et des appartements dans les tours reflétait une organisation hiérarchisée. Les cheminées, richement décorées, variaient selon l’importance des pièces. Les gravures de Jean Picart (1632) et les descriptions de Marc de Vulson de La Colombière soulignent son élégance architecturale, malgré son aspect fortifié anachronique pour l’époque.
La légende de Nuz et le privilège des seigneurs de Kergounadeach – se présenter armés à l’offrande – furent perpétués jusqu’en 1644. Le château, symbole de puissance noble, déclina après sa vente en 1726, ses matériaux réemployés pour des constructions religieuses (Plounévez-Lochrist, Plouider). Aujourd’hui, ses ruines, propriété de la famille Budes de Guébriant en 1878, témoignent d’un patrimoine à la fois militaire et résidentiel, marqué par l’histoire bretonne et les rivalités féodales.