Origine et histoire du Château de Kergroadès
Le château de Kergroadès, construit entre 1598 et 1613 pour François III de Kergroadez, seigneur local anobli par Henri IV, incarne l’architecture Renaissance bretonne. Érigé par 500 ouvriers sur 15 ans, il remplace un manoir médiéval et intègre des éléments défensifs (tours à meurtrières, mâchicoulis). Son plan en « U » avec galerie d’honneur s’inspire du château de Kerjean, tout en adoptant une esthétique plus sévère. La devise latine gravée sur la corniche, « Si non in timore di tenveriste instanter cito subvertatur domus tua », rappelle la piété de son commanditaire.
Occupé par la famille de Kergroadez jusqu’en 1760, le château passe ensuite entre les mains de plusieurs propriétaires, dont le marquis de Roquelaure, guillotiné sous la Révolution. Transformé en hôpital militaire en 1794 pour les troupes de Saint-Renan, il tombe en ruine au XIXe siècle, comme en témoigne Benjamin Girard en 1889 : « quelques années ont suffi pour faire de ce riche château une vaste ruine ». Les matériaux (portes, fenêtres, charpente) sont vendus en 1807 après un séquestre révolutionnaire.
Racheté en 1913 par la famille Chevillotte, le château est restauré de manière controversée : charpente, toiture et menuiseries sont refaites ab nihilo, mais des défauts (fuites persistantes) mènent à des procès interrompus par la Première Guerre mondiale. En 1991, Marek Mielniczuk, marchand d’art polonais, acquiert le domaine et obtient son classement aux Monuments Historiques en 1995. Il restaure plusieurs salles, y organise des expositions et concerts (comme un récital Chopin), et reçoit le prix des Vieilles Maisons Françaises. Depuis 2000, la famille Jaclin poursuit les travaux (155 fenêtres refaites en 2009) et ouvre le site au public, animé par l’association Les Amis de Kergroadez.
Le domaine s’étend sur 22 hectares, incluant un jardin régulier en terrasse (prinéventaire des jardins remarquables), une fontaine-lavoir, et des poteaux de justice « patibulaires » du XVIe siècle, vestiges de l’ancien manoir. L’architecture mêle symboles défensifs (parapets, meurtrières) et élégance Renaissance (larges fenêtres à croix de pierre, mansardes sculptées). L’accès se fait par deux allées bordant un mur de protection percé de portes cavalière et piétonne, encadrées de pilastres ioniques.
Aujourd’hui, le château de Kergroadès illustre les défis de la préservation du patrimoine : restaurations successives (parfois mal exécutées), adaptations à des usages modernes (expositions, événements culturels), et équilibre entre ouverture au public et conservation. Son histoire reflète les bouleversements politiques (Rvolution, guerres) et sociaux (changements de propriétaires, déclin puis renaissance) qui ont marqué la Bretagne du XVIIe au XXIe siècle.