Frise chronologique
1481
Première mention du manoir
Première mention du manoir
1481 (≈ 1481)
Jean Trévaré, comptable ducal, y réside.
1861
Achat par le comte Chauveau
Achat par le comte Chauveau
1861 (≈ 1861)
Début des travaux de reconstruction néo-gothique.
1866-1884
Campagnes de construction
Campagnes de construction
1866-1884 (≈ 1875)
Rénovation et extension par Joseph Bigot.
1882
Mort du comte Chauveau
Mort du comte Chauveau
1882 (≈ 1882)
Légat du domaine à sa sœur.
1893
Mort de Zénaïde Youssoupoff
Mort de Zénaïde Youssoupoff
1893 (≈ 1893)
Donation au département du Finistère.
1956
Procès gagné par Félix Youssoupoff
Procès gagné par Félix Youssoupoff
1956 (≈ 1956)
Récupération du château pour non-respect testamentaire.
1971
Destruction de la chapelle
Destruction de la chapelle
1971 (≈ 1971)
Pierres réutilisées pour une maison.
1984
Classement Monument Historique
Classement Monument Historique
1984 (≈ 1984)
Protection des façades et de la salle des gardes.
années 1990
Restauration par Christophe Lévèque
Restauration par Christophe Lévèque
années 1990 (≈ 1990)
Réouverture au public et accueil d’Astropolis.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Façades et toitures ; salle de garde avec sa cheminée et ses vitraux (cad. E 390) : inscription par arrêté du 21 décembre 1984
Personnages clés
| Henri Chauveau - Comte et propriétaire |
Ancien diplomate, épouse Zénaïde Youssoupoff. |
| Zénaïde Youssoupoff - Princesse russe et mécène |
Finance la reconstruction, lègue le château. |
| Joseph Bigot - Architecte |
Dirige les travaux néo-gothiques (1866-1884). |
| Félix Youssoupoff - Héritier et plaignant |
Récupère le château en 1956 via un procès. |
| Christophe Lévèque - Sauveur et restaurateur |
Rachète et restaure le château (années 1990). |
Origine et histoire
Le château de Keriolet, situé près de Beuzec-Conq (aujourd’hui Concarneau, Finistère), est un édifice néo-gothique construit dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il remplace un manoir du XVIe siècle, propriété successive des familles Kériollet, Trédern et Kersalaun. En 1861, le comte Henri Chauveau, ancien courrier diplomatique devenu noble par mariage avec la princesse russe Zénaïde Youssoupoff, achète le domaine pour se présenter aux élections locales. Sous la direction de l’architecte Joseph Bigot, le château est entièrement reconstruit entre 1866 et 1884, s’inspirant des châteaux de Blois, Rustéphan et du prieuré de Locamand. Les façades mêlent symboles bretons (hermines), français (fleurs de lys) et russes (étoiles), reflétant l’histoire singulière de ses propriétaires.
La princesse Zénaïde Youssoupoff, veuve et exilée de Russie, finance des travaux somptueux, incluant une chapelle (détruite en 1971), un parc orné de statues (Velléda, Vercingétorix, Anne de Bretagne) et des dépendances comme la Tour Marie-Jeanne. À la mort du comte en 1882, Zénaïde lègue le domaine au département du Finistère à condition de le conserver intact. Ouvert au public après sa mort en 1893, le château abrite alors les collections de toiles de Camille Bernier. Cependant, les héritiers Youssoupoff, fuyant la révolution russe de 1917, engagent un procès dans les années 1950 pour récupérer le domaine, arguant du non-respect du testament.
En 1956, le prince Félix Youssoupoff obtient gain de cause et récupère Keriolet, qu’il revend rapidement. Le château se dégrade : la chapelle est détruite en 1971, la tempête de 1987 emporte la toiture, et des éléments décoratifs sont volés. Sauvé par Christophe Lévèque dans les années 1990, le château est restauré et rouvre au public, accueillant même le festival Astropolis entre 1997 et 2001. Aujourd’hui propriété privée, il témoigne d’un mélange unique d’histoire bretonne, d’ambitions politiques françaises et d’héritage aristocratique russe, classé Monument Historique depuis 1984 pour ses façades, toitures et salle des gardes.
L’architecture de Keriolet puise dans des modèles gothiques bretons et français, comme le château de Blois (bas-relief de Louis XII) ou Rustéphan (tourelle-escalier), tandis que le parc intègre des références à l’histoire de Bretagne (statue d’Anne de Bretagne) et de France (Jeanne d’Arc, Du Guesclin). Les intérieurs, aujourd’hui partiellement disparus, comprenaient un plafond sculpté inspiré de la salle capitulaire de Reims et des vitraux représentant les rois de France. Le domaine, initialement vaste, a été morcelé au XXe siècle, perdant une partie de son mobilier et de ses terres. Malgré ces vicissitudes, Keriolet reste un exemple remarquable du néo-gothique breton, marqué par l’éclectisme culturel de ses commanditaires.