Origine et histoire du Château de Kermerzit
Le château de Kermerzit, situé à Trémel dans les Côtes-d'Armor, est un manoir seigneurial fondé au XVe siècle par la famille Jourdrain. Ce monument, transformé en ferme au fil des siècles, conserve des éléments architecturaux remarquables comme une porte gothique flamboyante avec armoiries, un colombier du début XVIe siècle, et deux logis de périodes distinctes (fin XVe et début XVIe). La chapelle, aujourd’hui en ruine, était autrefois accessible par une galerie sur arcades reliant les bâtiments. Le site inclut aussi un moulin banal et un étang mentionné dans les archives familiales.
La seigneurie de Kermerzit a appartenu à plusieurs générations de la famille Jourdrain, dont Robert Jourdrain (mort en 1418), Yves Jourdrain (cité en 1503), et Guyon Jourdrain (1556–1607), prévôt féodé de Guingamp. Au XVIIe siècle, la seigneurie passe aux familles de Kerleau, de Tuomelin, puis de Bizien, qui louent la métairie à des cultivateurs locaux dès 1707. Le château est inscrit aux monuments historiques en 1927, reconnaissant sa valeur patrimoniale. Les archives révèlent des détails sur la vie seigneuriale, comme l’obligation pour les métayers de fournir de la paille pour les chevaux du seigneur ou l’usage partagé du four.
L’architecture du château reflète son évolution : le logis primitif (fin XVe siècle) présente une tour d’escalier à linteau en accolade, tandis que le logis secondaire (début XVIe) se distingue par ses lucarnes gothiques flamboyantes ornées de sculptures (lièvres, chiens, choux frisés). Une galerie détruite entre 1818 et 1848 reliait autrefois les bâtiments à une chapelle dotée d’une fenêtre en arc brisé. La tour nord, partiellement arasée, abritait peut-être un logement pour un chapelain. Au XIXe siècle, le manoir est divisé en deux exploitations agricoles, comme en témoignent les baux de 1881 et 1891.
Les sources mentionnent aussi des liens avec des figures locales, comme Saint Yves Hélory de Kermartin (parenté supposée via les Hélory), ou des anecdotes comme le prélèvement de pierres du manoir pour construire l’église de Plounérin au XIXe siècle. En 1925, le château est vendu aux familles Prigent et Louédec, marquant la fin de son histoire seigneuriale. Aujourd’hui, il reste un témoignage de l’architecture manorial bretonne, mêlant fonctions défensives, résidentielles et agricoles.
Le site est protégé pour ses éléments suivants : porte gothique, colombier, logis avec lucarnes sculptées, et vestiges de la chapelle. Les archives (aveux féodaux, baux, cadastres) offrent un éclairage précis sur son occupation, depuis les obligations militaires des seigneurs (comme fournir deux archers en 1503) jusqu’aux détails des contrats de métayage, révélant une micro-histoire de la Bretagne rurale.