Origine et histoire du Château de Kernévez
Le château de Kernévez, situé à l’entrée de Saint-Pol-de-Léon (Finistère), est un édifice néo-classique construit vers 1850 pour la famille de Guébriant. Il remplace l’ancien château de La Villeneuve, attesté dès le Moyen Âge et reconstruit au XVIIe siècle par les Poulpiquet de Coat-Lez. Seule une cheminée monumentale de 1627, remployée dans la cuisine actuelle, subsiste de ce premier logis. Le domaine, acquis par mariage au début du XIXe siècle, fut entièrement repensé : le parc de 37 hectares, dessiné par les frères Bühler (auteurs du bois de Boulogne), fut aménagé dès 1845 autour de l’ancien château avant sa démolition.
Le château actuel, œuvre de l’architecte suisse Joseph-Antoine Froelicher (1790–1866), s’élève sur quatre étages autour d’un pavillon central coiffé d’un lanternon. Son accès imposant, marqué par un double escalier à balustres, reflète le faste aristocratique. Le parc, clos de murs, intègre des éléments historiques comme les vestiges de la chapelle de Kerliviry (Cléder) et un dolmen en schiste, ainsi que des dépendances contemporaines (écuries, serre, maisons de garde). Ces aménagements, incluant une ferme-modèle en granite, témoignent du mouvement légitimiste de retour à la terre au milieu du XIXe siècle.
Classé en 1973 pour son site et inscrit aux monuments historiques en 1997 (château, parc et dépendances), Kernévez allie patrimoine architectural et paysager. Le parc, agrandi en 1920 par Édouard André, conserve des allées d’origine et une roseraie, tandis que le belvédère de la chapelle, restauré en 2014, couronne l’ensemble. Ce domaine illustre aussi l’influence des architectes parisiens sur les élites bretonnes, rompend avec les traditions locales.
L’ancien château de La Villeneuve, détruit après 1848, était un logis médiéval remanié au XVIIe siècle, comme en attestent des documents graphiques. La famille de Guébriant, propriétaire depuis le début du XIXe siècle, y a imposé un modèle agricole sanitaire, avec des métairies en granite standardisées. La cheminée de 1627, ornée de la devise DE PEU ASSEZ, et les vitraux style archéologique de la chapelle (1850) rappellent ce passé.
Le domaine, ouvert à la visite, reste un exemple remarquable d’intégration entre architecture néo-classique, patrimoine historique réemployé (chapelle, dolmen) et innovations paysagères. Son classement protège l’ensemble du parc, les façades des bâtiments annexes, et la ferme extérieure, soulignant son unité stylistique et son rôle dans l’histoire sociale bretonne.