Origine et histoire du Château de l'Abbaye
Le château de l'Abbaye, aussi appelé château de Cysoing, fut édifié au début du XIXe siècle dans le parc de l’ancienne abbaye Saint-Calixte, détruite à la Révolution. L’avocat lillois Philippe Joseph Riquet, acquéreur des deux tiers des terrains abbatiaux vendus comme biens nationaux, y fit construire vers 1800 un pavillon s’inspirant du Petit Trianon de Versailles. La façade, ornée de quatre colonnes ioniques colossales et d’un fronton curviligne, contraste avec un intérieur organisé en pièces typiques des folies du XVIIIe siècle. Les matériaux proviennent en partie des ruines de l’abbaye, dont le mur abbatial fut intégré à la structure.
Entre 1824 et 1886, le parc fut redessiné en style romantique, avec des allées sinueuses, des bassins et des massifs denses, formant un labyrinthe végétal appelé Le labyrinthe jusqu’au XXe siècle. En 1907, l’architecte Léonce Hainez, connu pour le théâtre Sébastopol de Lille, modernisa le château dans un style néoclassique revisité, ajoutant chauffage central, eau courante et un monte-plats. Ces transformations, malgré des tensions avec le propriétaire Noblet, aboutirent à l’aspect actuel du bâtiment, inscrit monument historique en 2008.
Le parc de 2,5 hectares conserve des vestiges de l’abbaye : une grille du XVIIIe siècle, deux viviers (anciens bassins monastiques), des grottes construites avec des éléments lapidaires abbatiaux, et une île abritant une chapelle. La pyramide de Fontenoy, obélisque érigé en l’honneur de Louis XV après son séjour en 1744, commémore ce passage royal. Classée monument historique dès 1840, elle fut restaurée en 1888 par Charles Marteau, qui reconstitua ses dauphins disparus.
L’histoire du château est liée à celle de l’abbaye fondée au IXe siècle par Saint Evrad. Au XVIIIe siècle, deux viviers et des îles abritant des chapelles furent aménagés dans l’enclos abbatial. Après la Révolution, le site fut morcelé et vendu. Riquet, ruiné, revendit le château en 1816 à Charles-Lucien Lipsin-Caccant, puis à Augustin-Hubert-Joseph Charvet en 1819. Ce dernier, peut-être à l’origine du parc romantique, revendit le domaine en 1838, provoquant l’indignation locale face à la menace de déplacement de la pyramide. Le conseil général du Nord racheta alors la parcelle pour la préserver.
Au XXe siècle, le château changea plusieurs fois de mains. La famille Ernoult (1919–1943) y réalisa des travaux supplémentaires via l’architecte Jean-Baptiste Maillard. Aujourd’hui, le domaine appartient à l’Établissement public foncier (EPF) pour le compte de la commune de Cysoing. Celle-ci projette d’y installer la mairie, une médiathèque, et d’ouvrir le parc au public, tout en restaurant les allées rayonnantes autour de la pyramide. Le château, symbole du patrimoine local, incarne ainsi la transition entre l’héritage monastique et les transformations architecturales des XIXe et XXe siècles.