Origine et histoire du Château de l'Hers
Le château de l'Hers, situé à Châteauneuf‑du‑Pape sur les bords du Rhône, remonte au début du Xe siècle. Jusqu'à la Révolution française, il formait une enclave du Languedoc dans le Comtat Venaissin. Le site est protégé au titre des monuments historiques depuis 1973 et a fait l'objet d'un nouveau classement en 2023. Bâti sur une plateforme rocheuse de 25 mètres de côté, il contrôlait l'un des passages fluviaux les plus fréquentés du royaume. Dès 913, une forteresse y est citée et percevait un péage sur le Rhône. Des vestiges témoignent d'une occupation dès l'Antiquité tardive : tombes en bâtière formant une petite nécropole des Ve‑VIIe siècles, proches de la première chapelle castrale dédiée aux saints Côme et Damien. Lors de fouilles de cette église ruinée, on a mis au jour des industries lithiques, des tessons de l'âge du Fer et de l'Antiquité, des fragments de tegulae et une plaque de revêtement en cipolin réemployée dans la maçonnerie. Les environs ont également livré un nombre important d'armes, de pièces et de médailles. Selon V. Millet (1864), le péage sur le Rhône aurait été fondé en 79 apr. J.-C. sous Vespasien. Un castrum romain a probablement existé et aurait été détruit lors des grandes invasions ; le lieu apparaît sous le nom de castellum de Leri dans une charte de 913 par laquelle Louis l'Aveugle le cède à Foulques, évêque d'Avignon. En 1077, Rostaing inféoda le fief à Pierre d'Albaron, qui fit édifier un donjon. La première mention du Castro Novo, qui donna son nom à Châteauneuf‑du‑Pape, date de 1094. Agrandi au XIIe siècle et rénové au XIIIe siècle, le site prit le nom de château de l'Hers. La tradition qui faisait des Templiers les occupants du lieu à la fin du XIIe siècle a été remise en cause par les historiens du XXe siècle. Au XIIe siècle, le village et le château avaient été en ruines ; la paroisse comprenait une église dédiée à Sainte‑Marie et la chapelle castrale consacrée aux saints Côme et Damien. Après son élection en 1316, le pape Jean XXII, ancien évêque d'Avignon Jacques d'Euze, fit entreprendre des travaux et consacra 3 000 florins à la restauration de l'ancien château du XIIe siècle, selon les comptes de la Révérende Chambre Apostolique. Tout au long du Moyen Âge, le château servit de poste de surveillance et de péage sur le Rhône, transmis à diverses familles alliées des Albaron. Les Albaron gardèrent le fief jusqu'en 1360, puis il passa par dot aux Roquefeuil, revint vers 1400 aux Albaron de Laudun des Baux jusqu'aux années 1420, puis à une famille allemande devenue Allemand de Laudun Albaron. Aux XVIe et XVIIe siècles, les droits se succédèrent aux familles Arpajon Cardaillac, Monteynard, Montmorency, au duc de Lévis‑Ventadour, puis à Hercule de Rohan, prince de Soubise, dont la famille possédait encore le château à la Révolution. Les péages furent abolis lors de l'abrogation des privilèges pendant la Révolution et l'enclave de l'Hers fut rattachée au département de Vaucluse. Le domaine appartient aujourd'hui à la famille Quiot, propriétaire de nombreux vignobles de Châteauneuf‑du‑Pape. Marcel Georges y élabore des Châteauneuf‑du‑Pape rouges, à base de Syrah, Mourvèdre, Muscardin, Counoise, Cinsault, Grenache, Vaccarese et Terret, et des blancs assemblant Picardan, Roussanne, Clairette, Picpoul et Grenache blanc. D'une superficie de 14 hectares, ce domaine est l'un des rares de l'AOC à proposer la gamme complète des treize cépages de Châteauneuf‑du‑Pape, mais le vignoble qui porte le nom du château n'intègre pas le bâtiment, situé hors de la zone de l'AOC. Il ne subsiste du château que la salle basse du donjon médiéval, la tour ronde du XIVe siècle et quelques vestiges des remparts. Le plan d'ensemble était carré : un donjon carré du XIIIe siècle commandait l'angle nord‑ouest et une tour cylindrique de 20 mètres, datée du XIVe siècle, dominait l'angle sud‑est. La courtine, qui épouse le bord de l'à‑pic, est percée d'une suite d'archères.