Origine et histoire
Le château de l’Hers, édifié sur une plateforme rocheuse dominant le Rhône à Châteauneuf-du-Pape, trouve ses origines au début du Xe siècle. Dès 913, une charte mentionne un castellum de Leri, cédé par Louis l’Aveugle à Foulques, évêque d’Avignon. Le site, occupé dès l’Antiquité tardive (Ve–VIIe siècles), abritait une nécropole et une chapelle dédiée aux saints Côme et Damien. Des vestiges (armes, monnaies, tegulae) attestent d’un castrum romain détruit lors des grandes invasions, puis reconstruit comme place forte contrôlant le trafic fluvial.
Au XIe siècle, le fief fut inféodé à Pierre d’Albaron, qui érigea un donjon. Le château, agrandi au XIIe siècle et rénové au XIIIe, devint une enclave du Languedoc dans le Comtat Venaissin. La légende d’une présence templière, évoquée par certains historiographes, fut invalidée au XXe siècle. En 1316, le pape Jean XXII (ancien évêque d’Avignon) finança sa restauration pour 3 000 florins, renforçant son rôle de poste de péage et de surveillance sur le Rhône, un axe commercial majeur.
Jusqu’à la Rvolution française, le château changea de mains entre familles nobles (Albaron, Roquefeuil, Allemand de Laudun, Rohan-Soubise), conservant ses droits péagers. Aboli en 1789, le péage disparut avec les privilèges, et l’enclave fut rattachée au Vaucluse. Aujourd’hui, il ne subsiste que la salle basse du donjon médiéval, une tour ronde du XIVe siècle et des vestiges de remparts. Classé monument historique en 1973 et 2023, il a donné son nom à un domaine viticole exploité par la famille Quiot, bien que situé hors de l’AOC Châteauneuf-du-Pape.
Le site révèle une stratification historique exceptionnelle : occupation précoce (âge du fer, Antiquité), réemplois de matériaux antiques (cipolin, tegulae), et adaptations militaires (archères, donjons carré et cylindrique). Les fouilles ont exhumé des tombes mérovingiennes, des pièces romaines, et des traces d’artisanat lithique, témoignant de son importance stratégique depuis près de 2 000 ans.