Patrimoine classé
L'enceinte circulaire du XIe siècle ; le corps de logis du XVIIe siècle, en totalité ; les façades et les toitures de la chapelle, ainsi que le cimetière et son enclos ; les façades et les toitures de l'hôpital des invalides, ainsi que l'escalier intérieur et sa cage ; les façades et les toitures du bâtiment contigu à l'hôpital, à usage d'écuries ; le colombier ; deux pavillons de jardin et les murs de l'ancienne serre les reliant ; le pavillon des latrines ; le parc, avec ses bois, ses deux avenues d'accès, son bosquet de palmiers et ses murs de clôture, y compris le mur en exèdre (cad. D 556, lieudit Le Grand Jacquais, 558, lieudit Le Rond-Point, 559, 560, lieudit Les Bouquetots, 564, lieudit Petites Marjolines, 571, 572, 747 à 750, lieudit L'Isle-Marie, 573 à 575, lieudit Bastions, 577, lieudit L'Ile-Marais) : inscription par arrêté du 13 septembre 2001
Personnages clés
| Richard II de Normandie - Duc de Normandie (996–1026) |
Y enferma son fils Robert Ier. |
| Richard III de Normandie - Duc de Normandie (1026–1027) |
Offrit la forteresse en douaire. |
| Bernardin Gigault de Bellefonds - Maréchal de France (1630–1698) |
Transforma le domaine au XVIIe siècle. |
| Jules Hardouin-Mansart - Architecte (1646–1708) |
Conçut la chapelle en 1673. |
| François Goyon de Matignon - Lieutenant-général frondeur |
Prit le château en 1649. |
| Barbey d’Aurevilly - Écrivain (1808–1889) |
S’inspira du château pour un roman. |
Origine et histoire du Château de l'Isle-Marie
Le château de l'Isle-Marie, situé à Picauville dans la Manche, est une demeure du XVIIe siècle construite à proximité d’une ancienne forteresse médiévale nommée le Homme ou Holm. Ce site stratégique, attesté dès 1026 sous le nom latin Holmus, contrôlait les voies fluviales et terrestres aux confins des marais du Cotentin, entre les rivières Ouve et Merderet. Son nom d’origine scandinave (holmr, signifiant « île ») reflète son caractère insulaire lors des crues hivernales. L’enceinte circulaire du XIe siècle, encore visible, témoigne de son rôle défensif sous les ducs de Normandie, comme Richard II ou Robert le Magnifique.
La forteresse médiévale, mentionnée dès 996, fut un enjeu politique majeur : Richard III de Normandie l’offrit en douaire à son épouse Adèle en 1026, et elle servit de prison à Robert Ier en 1024. Au XIIe siècle, elle passa entre les mains des familles d’Agneaux et Aux Épaules, avant d’être impliquée dans les conflits de la guerre de Cent Ans. En 1649, pendant la Fronde, François Goyon de Matignon s’en empara au détriment des Bellefonds, qui la transformèrent en domaine résidentiel au XVIIe siècle.
Le maréchal Bernardin Gigault de Bellefonds (1630–1698), propriétaire à partir de 1675, y construisit un manoir pour soldats invalides et une chapelle conçue par Jules Hardouin-Mansart. Cette chapelle abrite le cœur embaumé de son fils, mort à la bataille de Steinkerque (1692). Le domaine, remanié en style néogothique en 1900 par l’architecte Drancey, conserve des vestiges d’une enceinte bastionnée à la Vauban, partiellement détruite en 1830. Le château, inscrit aux monuments historiques en 2001, inspire aussi la littérature, comme dans Ce qui ne meurt pas de Barbey d’Aurevilly (1884).
L’édifice actuel, à 100 mètres de l’ancienne forteresse, allie un corps de logis rectangulaire flanqué de tours circulaires (XVIIe siècle), un colombier, et des communs. Le parc à l’anglaise, remplaçant d’anciens canaux, intègre un bosquet de palmiers et des murs de clôture classés. Les fouilles révèlent encore l’enceinte circulaire du XIe siècle, un fossé profond, et les traces d’une basse-cour médiévale avec une chapelle remaniée.
Le site, stratégique depuis l’époque ducale, illustre l’évolution des forteresses normandes : du vicus du Xe siècle (cité dans les chartes de Richard Ier) à la résidence aristocratique des XVIIe–XXe siècles. Son histoire reflète les luttes de pouvoir en Normandie, des Vikings aux guerres de Religion, en passant par la Fronde. Aujourd’hui, il témoigne de cette stratification historique, entre vestiges médiévaux et transformations modernes.