Origine et histoire
Le château de la Barollière, situé sur les flancs du Mont Verdun à Limonest, est mentionné pour la première fois en 1374 lors de sa vente par Françoise de Meiresieu, veuve de Mathieu de Mure, à Jean de Villiers. Ce document atteste de son existence au XIVe siècle, période marquée en Europe par la guerre de Cent Ans et la Grande Peste. Bien que sa date de construction exacte reste inconnue, son rôle défensif est suggéré par sa position stratégique sur une terrasse surplombant la région.
Au XVIe siècle, le château change plusieurs fois de mains : en 1588, Jeanne de Villiers, veuve d’Antoine Faure, le cède à Vincent Richard, bourgeois lyonnais et futur échevin. Ses armes, encore visibles sur la cheminée de la cuisine, témoignent de son influence. En 1665, Pierre Lanchenu, trésorier provincial des guerres, en devient propriétaire grâce à la dot de son épouse, Jeanne Michon. Ces transactions reflètent l’ascension sociale des familles bourgeoises lyonnaises, souvent liées au commerce ou à l’administration royale.
Le XVIIIe siècle marque un tournant avec l’acquisition du château en 1750 par Jean II Maritz, commissaire des fontes d’artillerie et fils de l’inventeur du forage des canons. Il entreprend d’importantes modernisations : création de salons lambrissés ouverts sur une terrasse offrant une vue imprenable, transformation des fenêtres, et ajout de balcons en fer forgé estampillés « JM ». Les décors intérieurs (trompe-l’œil, gypseries, boiseries) datent de cette époque, comme en attestent les plaques de cheminée portant ses armes et la date de 1769. Ces aménagements illustrent l’évolution des châteaux forts en résidences de plaisance, adaptées aux modes de vie aristocratiques.
La Révolution française bouleverse son histoire : en 1793, après le siège de Lyon, la veuve de Jean II Maritz, Judith Déonna, fuit en Suisse et vend le château à des marchands de biens. Le conventionnel Châteauneuf-Randon y réside temporairement pour superviser le siège. Ces événements reflètent les tensions politiques de l’époque et le sort des familles nobles ou bourgeoises liées à l’Ancien Régime. En 1810, Romain Baboin, banquier lyonnais exilé sous la Révolution, rachète la Barollière et est anobli par Louis XVIII en 1814 pour ses services durant l’émigration. Sa famille, impliquée dans la soie et la banque, conserve le château jusqu’à aujourd’hui.
Le château, inscrit aux monuments historiques en 1926, a également accueilli des figures militaires lors de conflits ultérieurs : le maréchal Augereau en 1814 pendant la Campagne de France, et le duc Ferdinand-Philippe d’Orléans en 1831 lors de la révolte des canuts. Ces épisodes soulignent son rôle stratégique persistent, malgré ses transformations en résidence seigneuriale puis familiale. Depuis 2016, un chantier de restauration, soutenu par la DRAC et la Région, vise à préserver les salons du XVIIIe siècle et les éléments défensifs médiévaux, comme les quatre tours carrées et la tour de guet.
Architecturalement, le château combine un logis rectangulaire flanqué de tours médiévales et des ajouts classiques, comme les arcades de la cour intérieure ou le portail à bossages orné de mufles de lions. Son emplacement offre une vue panoramique sur les Monts du Lyonnais, rappelant son double usage historique : forteresse de surveillance et symbole de pouvoir pour ses propriétaires successifs, des seigneurs médiévaux aux industriels lyonnais.