Origine et histoire
Le château de la Barre, édifié dès le XIIe siècle par des vassaux des comtes de Savoie, devient au XIVe siècle un fief stratégique. En 1344, Guillaume de Cordon, chevalier, en fait hommage à Louis de Savoie, seigneur de Vaud. Son fils, Rodolphe de Cordon, reçoit en 1362 une nouvelle inféodation du comte Amédée V, incluant des droits de justice étendus sur les hommes et les fiefs locaux. La seigneurie reste dans cette famille jusqu’au XVe siècle, malgré des turbulences politiques.
En 1435, après la disgrâce d’Aynard de Cordon, sa femme Louise de Chambost vend le fief à Humbert de Beaumont pour garantir sa dot. Le duc de Savoie rachète ensuite la terre et l’inféode à plusieurs seigneurs, dont Pierre Juillet (1444), Lambert de Lusignan (1446), et Louis Bonivard (1449). En 1488, Antoine de La Forest épouse Claire Bonivard, intégrant La Barre à cette famille. Les La Forest transforment le château en résidence d’agrément aux XVIe–XVIIe siècles, tout en conservant des éléments féodaux.
Au XVIIIe siècle, le château, vendu et partiellement ruiné, conserve son donjon carré du XIIIe siècle (32 mètres, six niveaux). Il est aussi lié à un fait divers célèbre : en 1826, Antoine Berthet, précepteur au château, séduit Henriette de Cordon avant d’être licencié. Persuadé d’une trahison, il blesse mortellement l’épouse du maire de Brangues. Condamné à mort et exécuté en 1828, son histoire inspire Stendhal pour Le Rouge et le Noir.
Architecturalement, le site combine des fortifications médiévales (XIIIe siècle) et des jardins Renaissance, témoins de son évolution entre fonction défensive et résidence aristocratique. La seigneurie, puissante aux XVIIe siècle, couvrait plusieurs fiefs et droits judiciaires, avant de s’éteindre en 1745 avec une branche des La Forest.