Frise chronologique
1478
Première mention écrite
Première mention écrite
1478 (≈ 1478)
Plus ancienne référence archivistique connue.
fin XIVe - début XVe siècle
Construction du logis gothique
Construction du logis gothique
fin XIVe - début XVe siècle (≈ 1525)
Attribué à Jean Ier Raguenel, vicomte de la Bellière.
1695
Transmission aux Vaucelles
Transmission aux Vaucelles
1695 (≈ 1695)
Mariage portant la seigneurie à cette famille.
XVIIe siècle
Agrandissements majeurs
Agrandissements majeurs
XVIIe siècle (≈ 1750)
Ajout d'un pavillon carré et recomposition des jardins.
1790-1813
Rénovations par Delarue
Rénovations par Delarue
1790-1813 (≈ 1802)
Modernisation commanditée par Emmanuel-Alexandre de Vaucelles.
9 mars 1927
Première protection MH
Première protection MH
9 mars 1927 (≈ 1927)
Inscription du logis à l'inventaire.
6 septembre 1995
Inscription complète
Inscription complète
6 septembre 1995 (≈ 1995)
Protection étendue à l'ensemble du domaine.
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui
Aujourd'hui (≈ 2025)
Position de référence.
Patrimoine classé
Château de la Bellière (cad. B 721) : inscription par arrêté du 9 mars 1927
Personnages clés
| Jean Ier Raguenel (1364-1415) - Vicomte de la Bellière |
Probable commanditaire du logis gothique, conseiller du duc Jean V. |
| Typhaine de Raguenel - Épouse de Duguesclin |
Aurait habité le manoir selon la tradition locale. |
| Emmanuel-Alexandre de Vaucelles de Ravigny - Propriétaire aux XVIIIe-XIXe siècles |
Fit remanier le château par Delarue. |
| Bertrand Duguesclin - Connétable de France |
Époux de Typhaine de Raguenel, lié indirectement au site. |
| Marc Déceneux - Historien de l'architecture |
A précisé la datation du manoir (fin XIVe-début XVe). |
Origine et histoire
Le château de la Bellière, situé à La Vicomté-sur-Rance en Bretagne, est un manoir gothique dont les origines remontent au XIVe ou début XVe siècle. Son architecture médiévale, marquée par des murs de granit, une tour d'escalier polygonale puis cylindrique, et des cheminées octogonales ornées d'hermines, en fait un exemple rare de l'habitat seigneurial breton de cette époque. Les souches de cheminées, étudiées par Viollet-le-Duc, et la coursière en bois disparue témoignent de son organisation défensive et résidentielle complexe. Le site, implanté au confluent de trois ruisseaux, correspond probablement à l'emplacement d'un premier château mentionné dès le XIIIe siècle, détenu par une branche cadette de la maison de Dinan.
La seigneurie de la Bellière, attestée depuis le XIIe siècle, appartint successivement aux familles de la Bellière (blason d'or au chef endenté de sable), Raguenel, Dinan, puis aux Vaucelles de Ravigny à partir de 1695. Le logis médiéval fut agrandi au XVIIe siècle par un pavillon carré et un corps de bâtiment arrière, tandis que les jardins et parterres furent recomposés. Au XVIIIe siècle, Emmanuel-Alexandre de Vaucelles de Ravigny fit remanier l'ensemble par l'architecte Delarue (1790-1813). La chapelle Saint-André, isolée du logis, et les étangs environnants complétaient ce domaine seigneurial, inscrit aux Monuments Historiques en 1927 et 1995.
Typhaine de Raguenel, première épouse du connétable Bertrand Duguesclin, aurait habité ce manoir, selon une tradition locale. Les modifications du XIXe siècle, comme l'enduits des cheminées ou la suppression de la coursière en bois, altérèrent partiellement son aspect originel. Les cartes postales anciennes révèlent aussi des aménagements tardifs sur le corps arrière, rabaissé au XXe siècle pour retrouver la clarté des grandes chambres du deuxième étage. Aujourd'hui, le château illustre à la fois l'évolution architecturale des manoirs bretons et les stratifications historiques de leurs propriétaires, des Raguenel aux Mery de Bellegarde.
L'environnement du domaine, organisé autour d'un étang nord, d'une métairie, d'un colombier circulaire et de jardins structurés, reflète une organisation spatiale typique des seigneuries bretonnes. La chapelle, initialement dédiée à saint Hubert puis à saint André, soulignait le rôle religieux et social du château. Les archives mentionnent aussi des alliances matrimoniales stratégiques, comme le mariage en 1695 qui transmit la Bellière aux Vaucelles, famille poitevine installée en Bretagne depuis le XVIIe siècle. Leur blason (d'argent au chef de gueules chargé de sept billettes d'or) orne encore certains éléments du domaine.
Les recherches de Marc Déceneux ont permis de dater plus précisément la construction du logis gothique entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle, l'attribuant probablement à Jean Ier Raguenel (1364-1415), vicomte de la Bellière et membre du Conseil du duc Jean V. Ce personnage, homme puissant en 1403, incarne l'apogée politique de la seigneurie. Les particularités architecturales — quatre niveaux habitables, accès direct sur la cour, latrines disparues — et les traces de défenses modestes suggèrent une résidence plus aristocratique que militaire, construite dans une période de relative accalmie après la guerre de Succession de Bretagne.
Les restaurations malencontreuses du XIXe siècle, comme le remplacement des cornes d'ardoise des cheminées par du bois et du zinc, ou le bouchage de certaines baies, ont partiellement effacé son caractère médiéval. Pourtant, des éléments gothiques intacts subsistent, comme les portes hautes murées ou la guérite en bois de la tour. Le site, inscrit à l'inventaire des Monuments Historiques depuis 1927 pour son logis et 1995 pour l'ensemble du domaine, reste un témoignage majeur du patrimoine castral breton, mêlant histoire féodale, architecture civile et paysages aménagés.