Origine et histoire du Château de La Boétie
Le château de La Boétie est une maison forte construite au 4e quart du XVIe siècle, sur la commune de Sarlat-la-Canéda (Dordogne, Nouvelle-Aquitaine). Implanté près de la route de Vitrac, il remplace un premier château édifié probablement par Raymond Boyt (mort avant 1499), grand-père d’Étienne de La Boétie. Ce site, initialement lié à un moulin (moulin de Cluzel, renommé moulin de La Boytie en 1451), devient une seigneurerie familiale marquée par des alliances avec les élites locales, comme les Calvimont ou les Roffignac.
La famille Boyt (ou Boytia), bourgeois et marchands de Sarlat, acquiert progressivement des terres autour du lieu-dit La Boétie. Antoine de La Boétie (mort après 1540), premier à porter ce nom, est lieutenant du sénéchal du Périgord et épouse Philippe de Calvimont, fille d’un président au parlement de Bordeaux. Leur fils, Étienne de La Boétie (1530–1568), y passe son enfance avant de devenir conseiller au Parlement de Bordeaux et ami de Montaigne. À sa mort, sa sœur Anne hérite du château et le transmet à son fils, Berthomieu Le Bigot.
Le château est incendié en 1589 pendant les guerres de Religion, puis reconstruit à la hâte selon un plan rectangulaire avec deux tours rondes (dont une abritant un escalier en vis) et un toit de lauzes. Les sources soulignent sa maçonnerie rustique et une entrée décentrée sur la façade nord, signe d’une reconstruction rapide. Le domaine inclut aussi un pigeonnier circulaire et le moulin de La Boétie, mentionné dès 1507, avec ses meules horizontales encore visibles. Le site, classé Monument Historique en 1948 (château) et 1998 (terrasse, pigeonnier, moulin), passe entre les mains de familles nobles comme les Roffignac, les Veyssières de Puylebreuil, ou les Monzie de Lasserre, avant d’être possédé par les Gérard du Barry au XIXe siècle.
Les archives révèlent des tensions locales pendant la Ligue (XVIe siècle), où le château, symbole de pouvoir, est convoité. Léonard Selves, bourgeois de Sarlat, note en 1580 que sa reconstruction fut effectuée dans des conditions détestables de solidité. Au XVIIe siècle, Gabrielle de Roffignac (fille des propriétaires) épouse Jean de Carbonnier, perpétuant l’ancrage aristocratique du domaine. Le château illustre ainsi l’évolution d’une maison forte médiévale en résidence seigneurale, marquée par les conflits religieux et les stratégies matrimoniales.
Le site conserve des éléments défensifs (tours, position surélevée) tout en intégrant des fonctions agricoles (moulin, pigeonnier), typiques des maisons fortes du Périgord. Les lauzes (pierres plates locales) et la disposition des cheminées dans les pignons reflètent les techniques constructives régionales. Aujourd’hui, le château, bien que privé, reste un témoignage de l’histoire sociale et politique de la Dordogne, entre bourgeoisie marchande, noblesse de robe, et héritage protestant.
Les sources historiques (bulletins de la Société archéologique du Périgord, archives familiales) mettent en lumière son rôle dans la mémoire locale, notamment à travers la figure d’Étienne de La Boétie, dont les écrits sur la servitude volontaire résonnent avec l’histoire tourmentée du monument. Les inscriptions aux Monuments Historiques (1948, 1998) protègent un ensemble architectural et paysager (terrasse, bief du moulin) représentatif du patrimoine rural aquitain.