Origine et histoire du Château de La Boissière
Le château de La Boissière, situé dans les Yvelines, trouve ses origines médiévales comme fief de la châtellenie de Saint-Léger. Au XVIe siècle, il appartient aux familles Vaultier puis Maillard, avant de passer aux Malebranche par mariage en 1715. En 1779, Marie-Catherine de Malebranche épouse Claude Jacques Le Gras, dont les descendants, comme Gustave Le Gras (1808-1897), héritent et transforment le domaine. Ce dernier reconstruit le château entre 1853 et 1857 dans un style Louis XIII, en conservant partiellement l’aile ouest d’origine.
En 1881, le financier Charles Blanchard acquiert le domaine et y installe l’actrice Gabrielle Elluin. Quatre ans plus tard, le commandant Olympe Hériot (1833-1899), héritier d’une immense fortune, achète la propriété et l’agrandit à 1200 hectares. Il y loge d’abord des orphelins de guerre, puis inaugure en 1886 un pensionnat militaire en présence du général Boulanger. Marié à Cyprienne Dubernet en 1887, il a quatre enfants, dont Virginie (1890-1932), passionnée de sports nautiques, et Auguste II (1886-1951), héros de la Première Guerre mondiale. Le château, embelli par un escalier en marbre signé Georges Tersling, devient un lieu de mémoire familiale.
À la mort d’Olympe Hériot, sa veuve Cyprienne, remarquée pour sa générosité envers l’orphelinat (elle reçoit la Légion d’Honneur des mains de Pétain en 1921), perpétue son héritage. En 1948, leur fils Olympe II offre le château à l’Afpa pour en faire un centre de formation en horticulture et paysagisme. Depuis, le domaine, classé Monument Historique en 1985 et 1987 pour ses intérieurs (salle des Glaces, escalier, salons), accueille des milliers d’apprenants. Le parc, orné de statues d’Auguste Cain et d’arbres centenaires, ainsi que le mausolée familial, témoignent de son riche passé.
Le château actuel, inspiré du style Louis XIII avec ses briques rouges et ses pierres apparentes, intègre des éléments plus anciens comme l’aile ouest. Son intérieur, bien que partiellement déménagé, conserve des décors remarquables : fresques de Ferdinand Roybet, cheminées ouvragées, et une bibliothèque abritant des collections de la Revue des Deux Mondes. La Maltorne, rivière traversant le parc, alimente un étang aux nénuphars, tandis que les anciennes écuries, détruites en 1945, rappellent les activités équestres passées, comme la chasse à courre organisée par Olympe II.
L’école régionale du premier degré « Olympe Hériot », fondée en 1886 comme orphelinat militaire pour les enfants de troupe, illustre la vocation sociale du domaine. Donnée au ministère de la Guerre, puis enrichie par les dons de Cyprienne Douine (veuve d’Olympe), cette institution perdure aujourd’hui sous une forme éducative. Le château, ouvert au public lors de journées portes ouvertes, perpétue ainsi la mémoire des Hériot tout en formant les nouvelles générations aux métiers du paysage.
Le mausolée familial, situé hors de la propriété, abrite une chapelle funéraire ornée d’un groupe sculpté en marbre par Félix Soulès, représentant l’enfant Jean Hériot (mort à deux ans) soutenu par un ange. Derrière l’autel, une grotte éclairée par le ciel abrite une sculpture de femme entourée d’angelots, symbole du deuil et de la piété familiale. Ces éléments, associés aux statues de bronze de la lionne et de ses petits par Auguste Cain (1880), soulignent l’attachement des Hériot à l’art et à la commémoration.