Origine et histoire du Château de la Citardière
Le château de la Citardière, situé à Mervent en Vendée, est mentionné dès 1396 comme fief avec droit de basse justice sous le nom de « fief des Houlières ». Les aveux successifs entre 1396 et 1549 révèlent des changements de propriétaires parmi les familles De Saint-Maxent, De Fontenioux et De Frondeboeuf. Le domaine passe notamment à Simon Macé, écuyer, puis à Catherine de Frondeboeuf, veuve de François Tautel, en 1549. Ces documents attestent de son importance féodale dans la seigneurie de Mervent-Vouvant, sous l’autorité des sires de Parthenay puis des comtes de Richemont et Dunois.
En 1557, Henri de la Roche-Jousseaume, surnommé le « Baron de Chantoizeau » ou le « Chevalier à la plume rouge », devient propriétaire. Figure controversée, il est tantôt décrit comme un brigand, tantôt comme un justicier. En 1586, le domaine est acquis par Jean Dejean, riche marchand, avant de devenir un enjeu militaire pendant les guerres de Religion. Agrippa d’Aubigné, chroniqueur d’Henri IV, y décrit en 1588 une bataille entre huguenots et catholiques, soulignant ses défenses impressionnantes : fossés de 19 mètres de large, murs crénelés, pont-levis et chemin de ronde.
Au XVIIe siècle, le château est profondément remanié. En 1609, Marie Dejean, fille de Jean, épouse Jacques Pager, conseiller du Roi et maire de Fontenay-le-Comte, qui agrandit le domaine. Après sa mort en 1625, son gendre Jacques de Morienne, receveur des tailles, entreprend des travaux mais abandonne le projet d’un grand logis. Le château est saisi en 1679 par Colbert pour dettes, puis racheté en 1692 par Charles Moriceau de Cheusse, sénéchal de Fontenay, qui le conserve jusqu’à la Révolution. Symbole du protestantisme vendéen, sa structure défensive (douves, herses, meurtrières) témoigne de son rôle stratégique.
Classé Monument Historique en 1989, le château est restauré à partir de 1983 par Nadine et Gérard Coutant, qui sauvent les ailes Ouest et Est, les douves et la salle des gardes. En 2020, Chantal et Pierre Chauvin-Dudit reprennent le domaine et restaurent le châtelet d’entrée (2022) ainsi que le pavillon Est, sous la direction d’Olivier Salmon, architecte en chef des monuments historiques. Les travaux révèlent des éléments remarquables comme une pièce de culte peinte, une cuisine seigneuriale et un four à pain toujours fonctionnel.
L’architecture du château, en carré d’île entouré de douves, mêle caractéristiques militaires (pont-levis, gargouilles en forme de canons, meurtrières) et éléments résidentiels (pavillons d’angle, salle des gardes voûtée en anse de panier). Bien que conçu pour la défense pendant les guerres de Religion, son style devient obsolète sous Louis XIV. Les matériaux (pierre de taille, schiste enduit) et les décors intérieurs (cheminées, peintures) illustrent son évolution entre forteresse et demeure seigneuriale.
Haut lieu du protestantisme, la Citardière aurait servi de base à la cavalerie huguenote. Son histoire reflète les tensions religieuses en Vendée, région profondément marquée par les conflits entre catholiques et réformés. Aujourd’hui, le château allie patrimoine architectural et mémoire des luttes confessionnelles, tout en restant un témoignage rare des places fortes protestantes de l’Ouest de la France.