Origine et histoire
Le château de La Colle Noire trouve ses origines au XVe siècle sous divers noms (La Colle Narbonne, La Colle Noire), mais c’est en 1826 qu’Henri-Emmanuel Poulle, avocat et député du Var, en fait l’acquisition et structure le domaine. En 1839, il y crée un relais des Postes, base du futur château. Entre 1858 et 1861, Poulle construit une demeure avec deux tours emblématiques et une chapelle dédiée à sainte Anne, en hommage à sa fille. Le domaine, alors exploitation agricole de 90 hectares, passe ensuite à sa fille Anne-Victoire, puis à son petit-fils, avant d’être cédé à des industriels au début du XXe siècle.
En 1950, Christian Dior acquiert la propriété, alors composée d’une maison noble et de terres cultivées en vignes et fleurs. Il confie sa rénovation à l’architecte André Svétchine à partir de 1955, transformant l’aile de service en entrée principale et créant un miroir d’eau de 45 mètres. Le château, mêlant styles provençal et anglais, devient un lieu de réception et d’inspiration, notamment pour le parfum Diorissimo (1956), inspiré par son muguet. Dior y conçoit un art de vivre éclectique, alliant meubles anciens et confort moderne, avant sa mort en 1957.
Après avoir appartenu à plusieurs propriétaires, dont les Laroche et la famille Tassou, le domaine est racheté en 2013 par les Parfums Christian Dior. Une restauration intensive est menée à partir de 2015, aboutissant à son inauguration en 2016. Le château, symbole du lien entre Dior et la Provence, retrouve alors sa vocation d’accueil pour les « amis de la maison ». Son parc abrite aujourd’hui un champ de roses de Mai, hommage à l’héritage floral de la marque.
Le site est aussi marqué par des événements culturels, comme l’enregistrement partiel de l’album Standing on the Shoulder of Giants du groupe Oasis en 1999. La chapelle Sainte-Anne, toujours consacrée, et la chapelle Saint-Barthélémy de Montauroux, offerte par Dior à la commune en 1953, témoignent de l’héritage religieux et familial du domaine.
L’architecture du château, entre bastide du XVIIIe siècle et villa provençale des années 1950, reflète les influences de Dior : pierre apparente, calade provençale en rose des vents, et perspectives agrandies. Les intérieurs, décorés de meubles des XVIIIe et XIXe siècles, illustrent son éclectisme, entre Provence, Normandie et Angleterre. Le domaine reste un lieu emblématique de la création parfumée, ancré dans le « grand pays grassois ».