Origine et histoire du Château de La Ferté-Milon
Le château de La Ferté-Milon, situé dans l’Aisne en région Hauts-de-France, fut commandé en 1393 par Louis d’Orléans, frère de Charles VI, qui souhaitait en faire une forteresse aussi puissante que Pierrefonds. Le projet, confié à l’architecte Jean Aubelet (également responsable des travaux de Pierrefonds), fut interrompu brutalement en 1407 par l’assassinat du duc. Seule la façade monumentale, longue de 102 mètres et flanquée de quatre tours en amande, fut achevée, illustrant un style défensif innovant avec mâchicoulis et assommoir.
Les vestiges actuels révèlent un chantier figé dans le temps : la façade, ornée d’un relief représentant le Couronnement de la Vierge, domine un fossé et intègre des éléments de l’enceinte urbaine du XIIIe siècle. Les tours, dotées de caves voûtées et d’escaliers en vis, témoignent d’une conception ambitieuse, mais le château ne fut jamais terminé. Après la mort de Louis d’Orléans, ses héritiers délaissèrent le projet, et le site devint un enjeu stratégique pendant la guerre de Cent Ans (pris par les Anglais en 1412, repris en 1429).
Au XVIe siècle, le château fut démantelé sur ordre d’Henri IV en 1594, après avoir servi de place forte aux Ligueurs pendant les guerres de Religion. Les canons russes exposés sur le site (datés de 1909) rappellent son usage ultérieur comme position militaire. Classé dès 1862, le monument inspire encore aujourd’hui, comme en témoignent les tableaux de Maurice Utrillo. Son architecture hybride, entre forteresse médiévale et façade « théâtrale », en fait un exemple unique de transition entre Moyen Âge et Renaissance.
Le site primitif, mentionné dès le IXe siècle, fut successivement propriété des rois de France (Blanche de Castille y résida au XIIIe siècle) et des ducs de Valois. Charles de Valois, fils de Philippe le Hardi, y fit renforcer les fortifications avant que Louis d’Orléans n’entreprenne sa reconstruction radicale. Le château actuel, bien que ruiné, conserve des traces de ses caves ogivales et de son système défensif, reflétant les ambitions politiques et militaires de ses commanditaires.
Les archives du Second Empire, conservées aux Archives nationales, documentent les restaurations des ruines. Aujourd’hui, le château se visite partiellement, offrant un panorama sur la vallée de l’Ourcq. Son relief sculpté et ses tours en accolade, similaires à celles de Coucy, soulignent l’influence de Jean Aubelet, élève de Raymond du Temple, et son rôle dans l’évolution de l’architecture castrale française.