Origine et histoire du Château de la Hallière
Le château de la Hallière, situé à Digny en Eure-et-Loir, remplace un ancien manoir seigneurial démoli après 1781. Sa construction est initiée vers 1785 par Armand Dupont, un banquier parisien devenu seigneur des lieux, qui confie les travaux à un maître d'œuvre chartrain. Le château, de style Louis XVI, se distingue par son corps central en brique rose, ses pavillons latéraux surmontés de toits à la Mansart, et une cour d'honneur encadrée par une grille en fer forgé. Les intérieurs, notamment le rez-de-chaussée, sont ornés de boiseries Louis XVI et de panneaux peints « au chinois ».
Le domaine, initialement lié au manoir du Romphaye, est profondément remanié sous la Restauration, avec des ajouts comme le blason de la famille du Tillet sur le fronton et la grille d'entrée. Le château change plusieurs fois de propriétaires au fil des révolutions et des régimes politiques : Armand Dupont, endetté, meurt en 1789 ; le vicomte Testu de Balincourt l'acquiert en 1791 avant de le revendre en 1794 à Gabriel-Étienne Dutillet, une famille chartraine qui le conserve encore aujourd’hui. Pendant la Révolution, le domaine est le théâtre d’épisodes marquants, comme l’interdiction d’un tir public en 1790.
Sous le Second Empire, le château accueille des événements locaux, comme la visite annuelle des pompiers, immortalisée par une chanson en 1861. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, il est occupé par des francs-tireurs puis par des soldats prussiens, laissant des traces comme une inscription allemande dans l’orangerie. Le château, inscrit aux Monuments Historiques en 1972, conserve des éléments protégés : façades, toitures, salons décorés, et la cour avec sa grille. Son histoire reflète les bouleversements sociaux et politiques de la France, des Lumières à nos jours.
Les propriétaires successifs ont marqué l’histoire du domaine. Armand Dupont, roturier enrichi, y investit massivement avant sa mort en 1789, laissant des dettes colossales. Le vicomte Testu de Balincourt, militaire et homme d’affaires, agrandit le domaine en achetant des biens nationaux, mais le revend rapidement après la mort de son épouse en 1800. Gabriel-Étienne Dutillet, avocat puis administrateur des Messageries Impériales, acquiert le château en 1794. Sa famille, originaire de la bourgeoisie chartraine, le transmet sur plusieurs générations, notamment à son fils Gabriel, puis à Gabriel-Étienne-Fénelon du Tillet, attaché au ministère des Affaires étrangères.
L’architecture du château mêle élégance du XVIIIe siècle et ajouts du XIXe. La façade nord, partiellement remaniée sous la Restauration, arbore un avant-corps central en pierre de taille, flanqué de colonnes jumelées soutenant un balcon. Les pavillons latéraux, coiffés de frontons percés d’oculus, sont surmontés de toits à la Mansart atypiques. À l’arrière, une chapelle privée est ajoutée vers 1887, et une orangerie vers 1889. Les communs, en forme de long bâtiment bas, abritent une fuye ronde et un porche en plein cintre menant à la basse-cour. Le domaine, ceint de fossés et doté d’une grande avenue, illustre l’évolution des goûts et des usages aristocratiques.
Les archives révèlent des détails pittoresques, comme la présence d’un garde-chasse nommé Branssier, ou les conflits entre francs-tireurs et propriétaires pendant la guerre de 1870. Une inscription allemande dans l’orangerie, datée de cette période, rappelle l’occupation prussienne. Le château, toujours propriété de la famille Dutillet, témoigne aujourd’hui de ce passé mouvementé, alliant patrimoine architectural et mémoire historique.