Origine et histoire
Le château de La Motte-Tilly trouve ses origines au Moyen Âge, avec une motte féodale mentionnée dès 1369, probablement liée à un gué sur la Seine. Ce premier château, propriété des seigneurs de Trainel puis des familles Raguier, d’Elbeyne et Bournonville, fut rasé au XVIIIe siècle pour laisser place à l’actuelle demeure. En 1710, le domaine passe aux Noailles par mariage, avant d’être érigé en comté en 1712 par Louis XIV en récompense des services d’Adrien Maurice de Noailles, futur maréchal de France.
La construction du château actuel débute en 1754 sous la direction de l’architecte François-Nicolas Lancret, pour les frères Terray, dont l’abbé Joseph Marie Terray, futur contrôleur général des finances de Louis XV. Conçu comme une résidence de campagne et de chasse, l’édifice conserve une façade inchangée depuis le XVIIIe siècle, malgré la destruction des communs en 1813 pour des raisons financières. Le parc, initialement à la française, fut transformé en jardin à l’anglaise en 1784, avant d’être restauré au XXe siècle.
Le château, épargné par la Révolution mais occupé en 1814 par les Cosaques, subit des dommages durant les deux guerres mondiales : réquisition par les Allemands puis les Américains en 1944, sans vols constatés. Classé monument historique en 1946, il est gravement touché par la tempête de 1999, qui détruisit 70 % de sa forêt. Son histoire est marquée par des propriétaires influents, comme les Terray, guillotinés en 1794, ou les Rohan-Chabot, qui le restaurèrent au XXe siècle avant de le léguer à l’État en 1972.
Depuis 1978, le château est ouvert au public et géré par le Centre des monuments nationaux. La marquise de Maillé, dernière propriétaire privée, imposa que le lieu reste meublé et « habité » par l’esprit de ses anciens occupants. Le domaine, avec ses 1 080 hectares, ses jardins et son canal, illustre l’évolution des goûts aristocratiques, des Lumières à nos jours. Il servit également de décor au film Valmont de Miloš Forman en 1989.
L’architecture et les intérieurs, préservés malgré les aléas historiques, reflètent le faste du XVIIIe siècle. Les protections successives (1943 pour les communs, 1946 pour l’ensemble) soulignent son importance patrimoniale. Aujourd’hui, le château incarne à la fois un témoignage de la vie nobiliaire sous l’Ancien Régime et un exemple de sauvegarde du patrimoine français.