Origine et histoire du Château de La Petite Pierre
Le château de La Petite-Pierre, ou Burg Lützelstein, est un édifice médiéval érigé à la fin du XIIe siècle par les comtes d'Eguisheim-Dabo, puis cédé en fief à la famille noble Parva Petra (« petite pierre »), qui lui donna son nom. Le site, mentionné dès 1212, devint un comté indépendant avant d’être intégré aux possessions de l’évêque de Strasbourg en 1223 sous forme de fief. Son histoire est marquée par des conflits successifs, notamment avec le comte palatin Frédéric Ier, qui s’en empara en 1452 après un siège de neuf semaines.
Au XVIe siècle, le château fut modernisé par Jerri-Hans, comte palatin de Veldenz, qui en fit sa résidence en 1566. Après la guerre de Trente Ans (1648), il passa sous contrôle français, et Vauban y renforça les fortifications entre 1677 et 1681, épargnant sa destruction contrairement à d’autres châteaux alsaciens. Démilitarisé en 1870 sous l’annexion allemande, il abritera successivement les services forestiers allemands puis français, avant d’accueillir, depuis 1977, les bureaux du Parc naturel régional des Vosges du Nord.
L’architecture du château mêle des éléments défensifs médiévaux (donjon pentagonal détruit au XIXe siècle, citerne du XIVe siècle) et des ajouts Renaissance (puits orné, porte à pilastres). Classé Monument Historique en 1922, le site a fait l’objet d’une rénovation majeure entre 2017 et 2020 pour préserver son patrimoine tout en l’adaptant à un usage administratif. Aujourd’hui, sa cour, son jardin et une boutique artisanale sont ouverts au public, tandis que le festival Au Grès du Jazz y est organisé chaque été depuis 2002.
Le château est indissociable de la ville fortifiée de Staedtel, fondée entre les XIIIe et XIVe siècles pour renforcer sa défense. Les vestiges des remparts, la chapelle Saint-Louis et les citernes (dont une creusée en 1570–1571) témoignent de ce passé stratégique. Les fortifications visibles datent majoritairement des travaux de Vauban (1684), remplaçant des structures plus anciennes détruites en 1870.
Propriété des comtes d’Eguisheim-Dabo, puis des évêques de Strasbourg et des Palatins, le château illustre les enjeux politiques de l’Alsace médiévale et moderne. Son occupation ininterrompue depuis le XIIe siècle en fait un rare exemple de continuité historique, marqué par des adaptations successives à des usages militaires, administratifs et culturels.