Origine et histoire du Château de la Roche-Guyon
Le château de La Roche-Guyon, édifié sur un promontoire rocheux dominant la Seine, trouve ses origines au XIe siècle comme forteresse troglodytique défendant l’Île-de-France après le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911). Ce site stratégique, décrit par Suger au XIIe siècle comme une « habitation souterraine d’une vaste étendue », fut renforcé par Guy de La Roche avec un donjon circulaire de 35 mètres et des défenses en crémaillère. Le château bas, construit pour le confort, compléta l’ensemble, formant une double forteresse médiévale.
Au XVe siècle, pendant la guerre de Cent Ans, le château résista six mois aux Anglais avant de tomber en 1419, lorsque sa châtelaine, Perrette de La Rivière, refusa de prêter allégeance à Henri V. Occupé jusqu’en 1449, il fut repris par Guy VII de La Roche. Au XVIe siècle, sous les Silly, il perdit sa vocation défensive pour devenir une résidence fastueuse, accueillant chasses royales et personnalités comme François Ier. Les droits de péage sur la Seine, source de richesse, furent maintenus jusqu’à la Révolution.
Au XVIIIe siècle, les La Rochefoucauld transformèrent radicalement le château. Alexandre de La Rochefoucauld, disgracié par Louis XV, y développa un domaine modèle inspiré par les Lumières, avec un potager expérimental, des prairies artificielles et un salon littéraire animé par sa fille, la duchesse d’Enville. Celle-ci, proche de Turgot et Condorcet, y installa un théâtre troglodytique (1768) et une bibliothèque de 15 000 ouvrages. Le château, modernisé avec des écuries monumentales et des pavillons néoclassiques, devint un foyer intellectuel jusqu’à la Terreur.
La Révolution marqua un tournant violent : le donjon fut partiellement détruit en 1793, et la duchesse d’Enville, emprisonnée après l’assassinat de son fils, mourut en 1797. Au XIXe siècle, le château passa entre les mains des Rohan-Chabot, puis revint aux La Rochefoucauld. Victor Hugo et Lamartine y séjournèrent, évoquant sa mélancolie romantique. En 1944, il abritera le quartier général d’Erwin Rommel pendant l’Occupation, avant d’être bombardé par les Alliés.
Classé Monument Historique en 1862 et 1943, le château fut restauré après 1945, mais la dispersion de son mobilier en 1987 marqua une perte patrimoniale majeure. Aujourd’hui géré par un EPCC, il abrite des expositions contemporaines et un potager reconstitué. Son théâtre du XVIIIe siècle, en cours de restauration, et ses tapisseries des Gobelins (comme la suite d’Esther), témoignent de son passé fastueux. Le site reste un exemple rare de château à la fois médiéval, classique et troglodytique.