Origine et histoire du Château de la Tranchade
Le château de la Tranchade, situé à Garat en Charente, est un édifice stratégique dominant la vallée de l'Anguienne. Construit à la fin du XIVe siècle par Aymard de Pressac, son donjon carré de 40 mètres servait à protéger l’accès sud-est d’Angoulême. Ce site était au Moyen Âge le cœur d’une seigneurie majeure de l’Angoumois, englobant plusieurs paroisses comme Dirac, Soyaux ou L’Isle-d’Espagnac.
Au XIIe siècle, la Tranchade appartenait aux moines de l’abbaye de Saint-Cybard, avant d’être cédée à Gérard Ramnulphe en échange de redevances. Pendant la guerre de Cent Ans, les Pressac en firent une place forte. En 1492, Baud de Saint-Gelais l’acheta, puis la famille Nesmond, au XVIe siècle, y ajouta deux ailes Renaissance et sculpta ses armes sur les douves. Le château, souvent assiégé pour son rôle clé dans le contrôle d’Angoulême, passa entre les mains de familles influentes comme les Normand de La Tranchade.
En 1667, François III Normand de Puygrelier acquit le domaine et adopta le nom de Normand de La Tranchade, marquant l’apogée de cette lignée. La famille fournit plusieurs maires à Angoulême, dont François Ier, mort en 1588 lors d’un assaut, et Joseph, maire au XIXe siècle. En 1792, le château, vendu comme bien national, fut racheté en 1816 par un avocat, M. Valet, dont la fille épousa un Normand de La Tranchade. Le futur Napoléon III y fut reçu en 1852.
L’architecture allie un donjon médiéval aux mâchicoulis intacts, des douves taillées dans le roc, et un portail Renaissance de 1598 orné de coquilles et de la devise « In fide quiesco ». Les ailes en équerre, construites aux XVIe et XVIIe siècles, encadrent une cour où un puits profond de 40 mètres et une chapelle voûtée témoignent de son passé seigneurial. Une croix de Malte et des écussons sculptés, dont ceux des Nesmond et des Normand, ornent les façades.
Au XXe siècle, le château, délabré après la crise du phylloxéra (1890), fut sauvé en 1929 par le professeur Louis Portes, puis préservé par le comte Amédée de Lorgeril jusqu’à la tempête Martin en 1999. Classé Monument Historique en 1970, il abrite aujourd’hui des réceptions dans sa salle de la Chevalerie, restaurée en 2003. Son histoire reflète les luttes seigneuriales, les alliances familiales et les restaurations qui ont façonné ce patrimoine angoumoisin.