Origine et histoire du Château de la Treyne
Le château de la Treyne, attesté dès 1342, fut initialement construit par la famille de Rouffilhac, vassale des vicomtes de Turenne. En 1356, Guillaume de Rouffilhac rend hommage pour ce fortin situé sur les bords de la Dordogne, dont la tour carrée (7,60 m de côté) date de cette époque. Financée en partie par l’évêque de Fréjus, cette tour féodale servait aussi de symbole de suzeraineté turennaise, avec un rituel d’entrée forcée pour les hommes du vicomte.
Après l’extinction des Rouffilhac vers 1460, la seigneurie passe aux du Cluzel, puis aux La Ramière au XVIe siècle. Le château, repaire protestant, est incendié en 1586 pendant les guerres de Religion sur ordre du duc de Mayenne. Reconstruit partiellement par Gédéon de La Ramière vers 1625, il intègre un logis flanqué d’une tour ronde et un escalier à l’italienne. Malgré un arrêt de destruction en 1622 pour rébellion, les travaux se poursuivent, mêlant vestiges médiévaux et aménagements Renaissance.
Au XVIIIe siècle, François-Emmanuel de Cardaillac, marquis et héritier par alliance, agrandit le château vers 1760 et obtient en 1759 les titres de baronnie et marquisat. La Révolution française épargne le domaine, qui reste dans la famille jusqu’en 1910. Cette année-là, l’industriel Auguste-Gabriel Savard, inventeur du Bijou Fix, acquiert la Treyne et entreprend une restauration majeure : décors intérieurs (plafonds à caissons, boiseries), création d’un jardin à la française par Édouard André, et modernisation des appartements.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, le château abrite des trésors du Louvre, dont le Scribe accroupi, protégés sous la supervision d’André Chamson. En 1954, les nouveaux propriétaires, M. Santiard et Mme Bulteau, y exposent une collection d’art Renaissance avant de construire une chapelle néo-romane dans le parc, intégrant des éléments espagnols du XIIe siècle. Depuis 1982, le château, propriété de la famille Gombert, est un hôtel-restaurant étoilé Michelin, classé parmi les Relais & Châteaux.
Architecturalement, le site combine une tour médiévale à hourds (XIVe siècle), des logis asymétriques à toitures mansardées (XVIe–XVIIIe siècles), et des intérieurs Art nouveau (XXe siècle). Les façades, toitures, et décors du grand salon sont protégés au titre des monuments historiques depuis 1990. Le parc, redessiné en 1910, mêle perspectives à la française et éléments paysagers anglais, tandis que la chapelle néo-romane témoigne des restaurations éclectiques du XXe siècle.