Origine et histoire du Château de Lacassagne
Le château de Lacassagne, situé à Saint-Avit-Frandat dans le Gers, est un édifice dont la construction s’étale du XIIIe au XIXe siècle. À l’origine, il se compose d’une tour-salle médiévale (XIIIe siècle), autour de laquelle s’ajoutent progressivement des éléments architecturaux : une tour ronde abritant un escalier, puis deux tours rondes encadrant le corps central au XVIIe siècle. L’ensemble est couvert d’une toiture à comble brisé, typique de l’influence Mansart, et un balcon relie les tours au XVIIIe siècle. Le parc à l’anglaise, créé au XVIIe siècle, complète l’ensemble paysager.
La pièce majeure du château est la salle des Chevaliers de Malte, aménagée entre 1620 et 1640 par Jean-Bertrand de Luppé, chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Cette salle reproduit, à une échelle adaptée, la salle du conseil des grands maîtres du palais magistral de La Valette (Malte). Les quatorze toiles murales, exécutées par des artistes italiens, représentent le Grand Siège de Malte (1565) et s’inspirent des fresques originales de Matteo Pérez d’Aleccio. Les boiseries, lambris et poutres peintes, ornés de motifs allégoriques et de vues de Malte, en font un témoignage exceptionnel, d’autant que la salle originale maltaise a été endommagée pendant la Seconde Guerre mondiale.
Le château reste dans la famille de Luppé depuis 1582 jusqu’à une époque récente. Au XIXe siècle, une aile ouest et des communs (1850) sont ajoutés, délimitant la cour. Classé Monument historique en 1980, le site protège ses façades, toitures, ainsi que la salle des Chevaliers de Malte et son décor. L’orangerie et les communs complètent cet ensemble architectural, aujourd’hui propriété privée.
Le nom Lacassagne provient du gascon cassanha (« chênaie »), évoquant un lieu planté de chênes. Les graphies historiques varient (La Cassaigne, Lacassaigne), mais l’usage actuel a figé l’orthographe. Le château illustre ainsi l’évolution architecturale sur six siècles, mêlant héritage médiéval, influences classiques et décors baroques, tout en conservant un lien unique avec l’histoire de l’ordre de Malte.
La valeur documentaire de la salle des Chevaliers de Malte est renforcée par les différences entre les toiles de Lacassagne et les fresques originales de La Valette, partiellement détruites. Les peintures incluent une vue de La Valette absente des originaux mais présente dans les gravures de d’Aleccio (1582), suggérant une reproduction indirecte. D’autres copies de ce cycle existent, comme celles du musée maritime de Greenwich, attribuées à d’Aleccio lui-même.