Origine et histoire
Le château de Lacoste, aussi appelé « château du marquis de Sade », est un édifice médiéval construit au XIe siècle sur une colline du Luberon, dans le village de Lacoste (Vaucluse). Son emplacement stratégique offre une vue imprenable sur la vallée du Calavon, les monts de Vaucluse et le Ventoux. Il fut profondément remanié au fil des siècles et appartint longtemps à la famille Simiane, issue de la maison d’Agoult.
Deux hypothèses expliquent son passage aux Sade : en 1627, Diane Simiane épouse Jean-Baptiste de Sade, ancêtre du marquis, ou en 1716, Isabelle Simiane lègue le château à Gaspard François de Sade. Le marquis de Sade y séjourna à plusieurs reprises, notamment entre 1769 et 1772, où il fit construire un théâtre de 120 places. Il s’y réfugia après divers scandales, jusqu’à son incarcération définitive en 1777.
Pendant la Révolution, le château fut vandalisé et détruit en septembre 1792, ses matériaux revendus. Sade, alors à Paris, exprime son désespoir dans une lettre. Criblé de dettes, il vend le domaine en 1796 à Rovère, député de Vaucluse, qui meurt déporté en Guyane en 1798. En 1816, le château, décrit comme « en ruine, sans portes ni fenêtres », est vendu pour 1 200 francs à un menuisier.
Au XXe siècle, le château connut deux restaurations majeures : d’abord par André Bouer à partir de 1952, puis par Pierre Cardin, qui l’acquit en 2001. Ce dernier y lança le Festival de Lacoste, dédié à l’art lyrique et au théâtre, et initia en 2020 le Festival du Cinéma. Classé monument historique en 1992, le château reste un symbole controversé, lié à l’héritage sulfureux de Sade et aux projets culturels de Cardin.
Dans la littérature, le marquis de Sade a immortalisé le château sous le nom de « château de Silling » dans Les Cent Vingt Journées de Sodome (1785) et La Marquise de Gange (1813). Aujourd’hui, le site mêle ruines médiévales et héritage artistique, tout en étant au cœur de tensions juridiques depuis la mort de Cardin en 2020.