Origine et histoire du Château de Lagarde
Le château de Lagarde, situé dans l’Ariège, trouve ses origines au XIe siècle avec la construction d’une tour de garde par Ramire Ier d’Aragon. Ce point stratégique au nord du royaume devient un enjeu pendant la croisade des Albigeois : en 1212, Philippe Auguste l’offre à Guy Ier de Lévis, lieutenant de Simon de Montfort, marquant le début de l’influence de cette famille noble d’Île-de-France. Le bourg de Lagarde émerge autour de cette tour un siècle plus tard.
Au XIVe siècle, François de Lévis-Mirepoix érige un château carré flanqué de quatre tours monumentales sur un éperon rocheux. Les fortifications sont adaptées aux évolutions militaires, avec des murs crénelés et des meurtrières. Le site, initialement défensif, reflète alors la puissance croissante des Lévis, seigneurs locaux liés à la couronne de France.
Les XVe–XVIe siècles voient Jean V de Lévis-Mirepoix, sénéchal de Carcassonne et conseiller des rois Charles VIII, Louis XII et François Ier, moderniser radicalement le château. Il intègre des éléments Renaissance (escalier à vis surmonté d’une coupole en étoile, chapelle gothique flamboyant) tout en renforçant les défenses pour résister à l’artillerie. Une seconde enceinte basse, flanquée de tours rondes à casemates, est ajoutée, avec un rempart de terre damée permettant des tirs rasants.
Au XVIIe siècle, Louise de Roquelaure, veuve d’Alexandre de Lévis-Mirepoix, transforme le château fort en un « Petit Versailles des Pyrénées ». Elle y ajoute des statues gréco-romaines de 4 mètres, des jardins à la française, une galerie des Glaces, et une glacière. Les canons sont retirés, et une troisième enceinte avec terrasses-promenades achève la métamorphose en palais d’agrément. Ces embellissements, inspirés des châteaux de la Loire, font de Lagarde un joyau baroque occitan.
La Révolution française marque un tournant tragique : le château est pillé en 1794, partiellement démoli et vendu comme bien national. Ses pierres servent de carrière, et les vestiges deviennent entrepôts ou écuries. Malgré son classement aux Monuments Historiques en 1914, il tombe en ruine au XXe siècle, victime de vols (comme la destruction d’un pan de tour en 1980). Depuis 1990, des associations bénévoles (dont Per le Castel) œuvrent à sa restauration, révélant les traces de son faste passé.
Aujourd’hui, le site accueille des événements comme des marchés gourmands médiévaux et un rassemblement annuel de reconstituants. Les ruines conservent des éléments remarquables : la voûte en étoile de l’escalier Renaissance, les fondations des terrasses baroques, et les vestiges des trois enceintes successives. Les archives sauvés par François-Gaston de Lévis (émigré en 1789) et conservées en Ariège permettent de reconstituer son histoire.