Origine et histoire du Château de Langoiran
Le château de Langoiran, édifié au XIIIe siècle par la famille Seguin d’Escoussans, était un château fort stratégique de l’Entre-deux-Mers en Gironde. Vassaux des seigneurs de Benauges puis directement du roi d’Angleterre, les Seguin en firent un symbole de pouvoir dans le duché d’Aquitaine. Le site, dominant la Garonne et un vallon, combinait défenses naturelles (falaise, fossés) et architectures militaires, dont un donjon cylindrique parmi les plus larges de France.
En 1345, le mariage d’Amanieu d’Albret avec Mabille Seguin d’Escoussans marqua le passage du château aux Albret, puis aux Montferrand. Ces derniers, comme Bertrand III – baron de Montferrand et seigneur de Rions –, jouèrent un rôle clé dans les conflits franco-anglais. Le château fut confisqué par Charles VII en 1453 après la chute de Bordeaux, puis restitué par Louis XI. Les guerres de Religion opposèrent deux frères Montferrand : Charles (catholique, gouverneur de Bordeaux) et Guy (protestant, chef en Guyenne).
Au XVIIe siècle, le château passa aux Daffis, parlementaires bordelais. Guillaume Daffis, chef de la Fronde en 1649, provoqua sa destruction par le duc d’Épernon : le donjon fut dynamité et l’enceinte incendiée. Abandonné, le site tomba en ruine jusqu’à sa restauration partielle à partir de 1972 par l’association Les Amis du château de Langoiran, fondée par M. et Mme Bibonne. Aujourd’hui, le donjon conserve des fresques médiévales (saint Michel, saint Pierre), des salles voûtées et des traces des armoiries des Seguin.
Le château fut aussi un lieu diplomatique : en 1578, il accueillit une rencontre entre Henri de Navarre (futur Henri IV) et Catherine de Médicis. En 1944, il servit de cadre à la reddition allemande de Bordeaux, signée par le commandant Rougés et les chefs de la Résistance. Depuis 1972, le site allie patrimoine (visites, fêtes médiévales) et viticulture, avec un domaine de 23 hectares en AOC Cadillac.
Architecturalement, le donjon du XIVe siècle, à trois salles octogonales voûtées, domine deux cours en terrasses protégées par des enceintes. Les fresques du XIVe siècle, comme celle de saint Michel pesant les âmes, et les cheminées gothiques témoignent de son faste passé. Classé monument historique en 1892, il illustre l’évolution des forteresses médiévales en Aquitaine, entre pouvoir seigneurial et conflits territoriaux.