Origine et histoire du Château de Lanniron
Le château de Lanniron, situé à Quimper dans le Finistère, trouve ses origines au XIIe siècle comme résidence d’été des évêques de Cornouaille. Au XVe siècle, l’évêque Bertrand de Rosmadec y érige un premier corps de logis, marquant le début de son développement architectural. Le site se transforme profondément entre 1668 et 1706 sous Monseigneur François de Coëtlogon, qui y aménage des jardins en terrasse contemporains de ceux de Versailles, décrits en 1695 par le poète Nicolas de Bonnecamp. Ces espaces, rares dans l’Ouest de la France, incluent bassins, canaux et une pièce d’eau appelée Neptune.
Au XVIIIe siècle, l’aile ouest est ajoutée par Monseigneur Auguste de Farcy, et le domaine accueille des figures comme le critique Élie Fréron. Confisqué comme bien national pendant la Révolution (1791), Lanniron change plusieurs fois de mains au XIXe siècle, notamment sous l’impulsion d’Emmanuel Calixte Harrington. Ce dernier, aidé de l’architecte Jean-Baptiste Bigot, lui donne sa façade néo-classique inspirée des villas palladiennes (1822-1833), avec un prostyle à six colonnes ioniques. La famille de Kerret, puis Blanchet de La Sablière, en devient propriétaire jusqu’au XXe siècle, enrichissant le parc d’une collection botanique issue de voyages en Alaska.
Pendant la Seconde Guerre mondiale (1940-1946), le château et ses 8 hectares environnants sont réquisitionnés pour abriter le Frontstalag 135, un camp de prisonniers coloniaux (plus de 7 700 hommes, principalement Africains et Indochinois), puis des soldats allemands (3 853 détenus). Dix prisonniers coloniaux et 39 Allemands y décèdent. Après-guerre, le domaine, dévasté par la tempête de 1987, fait l’objet d’une restauration majeure depuis les années 1990 : reconstitution des bassins, du canal du XVIIe siècle, et des allées. Aujourd’hui, il allie patrimoine historique (jardins classés, orangerie) et activités touristiques (camping, golf, spectacles).
L’architecture de Lanniron mêle héritages médiéval (XVe siècle), classique (terrasses du XVIIe) et néo-classique (façade du XIXe). Ses jardins, étudiés par des fouilles archéologiques (2011), sont en cours de restitution selon leurs plans originels. Le site, ouvert au public, participe à des événements culturels comme les Journées du Patrimoine ou les Semaines musicales dans l’orangerie, accueillant des artistes de renom. Une stèle commémorative (2010) rappelle l’histoire du camp de prisonniers, tandis que le parc abrite désormais des activités de loisirs (fauconnerie, accrobranche).