Origine et histoire du Château de Laprée
Le château de Laprée, situé à Quiestède dans le Pas-de-Calais, trouve ses origines dans une ancienne seigneurie dépendant de Quiestède, mentionnée dès 1425. La terre de Laprée, initialement propriété de la famille Le Roy, fut acquise en 1669 par Jean-Jacques II de Lencquesaing, anobli en 1661, après la vente forcée par les héritiers d’Eustache-François Le Roy. Ce dernier, endetté, avait laissé un vieux château féodal entouré de fossés et d’un pont-levis, symbole du statut nouveau de son acquéreur, receveur des aides d’Artois et mayeur d’Aire.
En 1740, Dominique-Jean-Jacques de Lencquesaing, futur grand bailli de Saint-Omer, fit construire l’actuel château sur les plans de l’arpenteur Jean-Louis Chipart, après l’incendie de sa résidence à Saint-Omer en 1737. Le bâtiment, en briques et pierres avec un toit d’ardoises bleutées, fut conçu pour séparer les espaces de réception, d’intimité et de service. Les jardins, dessinés par « maître May », adoptaient un style à la française, tandis que des fresques du peintre lillois van Mine ornaient le salon de compagnie. Une chapelle castrale, reconstruite ou restaurée en 1741, renforçait le caractère sacré du lieu.
Le XIXe siècle marqua une transformation radicale du domaine sous Louis-Dominique-Arthur de Lencquesaing : suppression des symboles féodaux (pont-levis, douves), redessin des intérieurs et du parc à l’anglaise, et surélévation du château en 1892 pour loger une famille nombreuse. Les jardins, initialement organisés en « boulingrins » au XVIIIe siècle, furent repensés pour s’harmoniser avec les perspectives depuis les salons. Le parc, incluant un étang créé à partir des fossés comblés, est aujourd’hui inscrit au pré-inventaire des jardins remarquables.
Transmis sans interruption dans la famille de Lencquesaing depuis 1669, le château fut restauré dans les années 1980 et 2009 pour préserver son héritage architectural. Il conserve des archives exceptionnelles sur l’histoire des provinces du Nord sous l’Ancien Régime. Classé partiellement aux monuments historiques depuis 1986 (façades et toitures du pavillon de 1676), il s’ouvre au public lors des Journées du Patrimoine, témoignant de quatre siècles d’histoire familiale et régionale.
Le domaine s’étendait autrefois sur environ 40 hectares, incluant des dépendances agricoles (écuries, granges, boulangerie) et des jardins fruitiers expérimentaux. Les Lencquesaing, originaires du Hainaut, y ont accumulé des documents rares, étudiés pour leur reflet des représentations sociales de la noblesse artoise. Le château incarne ainsi à la fois une résidence seigneuriale, un lieu de mémoire et un exemple d’évolution architecturale des XVIIe au XIXe siècle.