Origine et histoire du Château de Lassay
Le château de Lassay trouve ses origines au XIe siècle, lors des guerres de Guillaume le Conquérant, en raison de sa position stratégique à la frontière du Maine, de la Bretagne et de la Normandie. À l’origine, il s’agissait probablement d’un castrum simple, composé d’un donjon sur motte, d’enceintes en bois et d’une chapelle, comme en témoigne un texte de 1387 évoquant une « petite tour ». Au fil des siècles, la forteresse fut renforcée, notamment par Pierre de Vendôme, qui en hérita par mariage avec Jeanne de Mayenne, fille de Juhel III. Sa vulnérabilité face aux armées anglaises au début du XVe siècle conduisit à sa destruction partielle en 1422 sur ordre de la duchesse d’Anjou.
Reconstruit entre 1458 et 1459 sous l’autorisation de Charles VII, le château adopta sa forme actuelle : un octogone irrégulier flanqué de huit tours, dont deux circulaires et six en fer à cheval, adapté à l’artillerie naissante. La barbacane fut ajoutée plus tard, en 1497-1498. Au XVIe siècle, le château, alors propriété de Jean II de Ferrières, vidame de Chartres et huguenot, fut assiégé et pris en 1589 par les troupes royales catholiques de Jacques II Goyon de Matignon. Il passa ensuite à Charlotte du Tillet, créancière du dernier seigneur, avant d’être acquis en 1639 par Isaac de Madaillan de Lesparre, qui l’éleva au rang de marquisat.
Au XVIIe siècle, Armand de Madaillan modifia partiellement la forteresse en y adjoignant un bâtiment de style mansart, partiellement démoli au XIXe siècle par le marquis de Beauchêne, qui restaura le pont-levis et les fossés. Le château, classé Monument Historique dès 1862, conserva ses peintures murales du XVe siècle dans l’ancienne chapelle (classées en 1963). Au XVIIIe siècle, il appartenait aux Villars-Brancas, alliés aux Madaillan. Victor Hugo le dessina en 1836, tandis qu’au XXe siècle, Charles Trenet tenta de l’acquérir en 1941. Depuis 2015, des travaux de rénovation y sont menés, et le site accueille des spectacles historiques en été.
Architecturalement, le château illustre la transition entre le Moyen Âge et la Renaissance, combinant des éléments défensifs (machicoulis, embrasures pour canons) et des aménagements résidentiels ultérieurs. Ses huit tours, reliées par des courtines, en font un exemple rare de château-fort adapté aux armes à feu. Les protections successives (classements de 1862, 1963 et 1964) soulignent son importance patrimoniale. Aujourd’hui propriété privée mais ouvert au public, il attire environ 10 000 visiteurs annuels et a reçu des distinctions récentes, comme le Grand Trophée Dassault pour son patrimoine.